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Viol et volupté : se souvenir de Lucrèce chez Valla, Castiglione et Marguerite de Navarre

Audrey Gilles-Chikhaoui
Article dans une revue
Le Verger, n° 4 : Viol et ravissement à la Renaissance
Directeur(s) de l'ouvrage: 
Anne Debrosse, Marie Goupil, Adeline Lionetto-Hesters, Diane Robin, Aurélia Tamburini et Hélène Vu Thanh
Editeur: 
L'Association Cornucopia
2013
n° ISBN: 
2261-8449

Présentation du volume de la revue en ligne :

Poétisé et sublimé ou violemment réaliste, le viol, tel qu’il est représenté à la Renaissance dans les œuvres littéraires ou plastiques, fait l’objet de traitements contrastés. Ce quatrième numéro du Verger se propose donc d’engager une réflexion sur le thème « Viol et ravissement », titre-double dont la polysémie permet d’embrasser les nombreux paradoxes de la notion.

En effet, la Renaissance voit apparaître les prémices d’une réflexion juridique sur le viol, qui sera par la suite défini sans ambiguïté comme un crime. Toutefois, cet acte violent reste alors largement impuni et les victimes, surtout lorsqu’elles sont de basse extraction, prennent rarement la peine de le dénoncer, comme en témoigne la pauvreté des sources légales sur le sujet.

L’époque constitue une période charnière où le viol est tantôt encore considéré comme un loisir aristocratique, tantôt comme un crime à condamner. L’absence de définition juridique précise ne doit cependant pas masquer l’existence et même l’omniprésence du viol dans la société de la Renaissance. Ce type d’agression est tristement courant et s’inscrit dans un contexte de violences accrues, en particulier au moment des affrontements religieux.

Les arts, qui n’ont pas attendu la Renaissance pour s’emparer de ce motif, sont marqués par un foisonnement des représentations de viols, que ce soit dans la poésie de la Pléiade, le théâtre élisabéthain, les histoires tragiques, les tableaux et les sculptures de rapts mythologiques. Néanmoins, ces évocations artistiques du viol prennent des formes extrêmement variées, tout-à-fait différentes de la perception que nous pouvons aujourd’hui avoir de ce crime. Aussi avons nous choisi d’attirer plus précisément l’attention sur le viol dans son rapport au ravissement. Rappelons que les deux termes sont étymologiquement liés à partir du verbe latin rapere (« saisir ») : ainsi, le terme anglais rape se rapportait autrefois à un enlèvement et désigne aujourd’hui un viol. La notion de ravissement est elle-même convoquée dans sa polysémie, du rapt à la jouissance mystique, en passant par la sublimation esthétique de la violence sexuelle. La confrontation de ces deux notions nous a semblé être un moyen efficace de prendre la mesure de ces nombreuses représentations du viol à la Renaissance et des interprétations diverses que nous pouvons leur donner. Afin de saisir la pluralité de ces notions de viol et de ravissement, nous avons encouragé des études diachroniques larges, ainsi que les articles qui se proposaient de mettre en rapport les représentations artistiques avec la réalité des violences subies par les sociétés.

Article disponible en ligne : http://cornucopia16.com/wp-content/uploads/2014/07/VBQIV-GILLES-CHIKHAOU...

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