Vous êtes ici

Séminaire jeunes chercheurs « Littérature comparée : quelle(s) place(s) pour la théorie ? », année 2016-2017

Héritiers d’une solide tradition théorique issue d’un nouveau regard porté sur la littérature par les critiques tout au long du XXe siècle, la pratique de la recherche en littérature, telle qu’elle se présente au jeune chercheur contemporain, ne peut exister sans un cheminement épistémologique parallèle. Ainsi, dans la continuité des précédents thèmes de ce séminaire des jeunes chercheurs de l’équipe Transposition,  consacrés en 2014 et 2015 aux différents enjeux et espaces de la discipline (« Positions et Transpositions : qu’est-ce que la littérature comparée aujourd’hui ? »« Espaces de la littérature comparée »), puis à la question des langues dans la pratique comparatiste en 2016, (« Le comparatisme à l’épreuve de Babel »), nous aimerions aborder un nouvel aspect de la pratique de la littérature comparée en réfléchissant à la place qu’occupe la ou les théories, qu’elle(s) soie(nt) spécifiquement littéraire(s) ou non, dans nos pratiques.

Calendrier des séances :

Les séances auront lieu aux dates suivantes de 16h30 à 18h30 en salle 2.41 de la Maison de la Recherche d’Aix-en-Provence (29 avenue Robert Schuman, Aix-en-Provence) :

  • 18 octobre : présentation et établissement du programme du séminaire
  • 1er décembre : Théories et comparatismes à l’épreuve du temps et de l’espace
  • 14 décembre : La terre et la mer : approches géocritiques de la Méditerranée
  • 18 janvier : Traduction : théorie et pratique
  • 8 février : Autour de Hans Blumenberg (invités : Andrea Allerkamp et Pablo Valdivia Orosko de l'Université de Viadrina)
  • 1er mars : Théorisons ! (invités : Sophie Rabau et Florian Pennanech, auteurs de l'ouvrage Exercices de théorie littéraire, 2016, Presses de la Sorbonne Nouvelle). Cette séance aura exceptionnellement lieu de 15h à 18h en salle B113 du bâtiment Egger (campus Schuman à Aix-en-Provence).
  • 29 mars : « Faut-il être postcolonial ? »
  • 12 avril : De la « correspondance des arts » à l’interdisciplinarité
  • 10 mai : Récits exiliques
  • 14 juin : Relire l’antiquité

Présentation du séminaire :

 

La théorie : quelle place, quelle fonction, quel positionnement ?

La littérature comparée, parce qu’elle cherche dans son fondement et dans son principe mêmes à dépasser les frontières nationales et disciplinaires, semble s’imposer comme un lieu privilégié pour une réflexion plus globale sur ce qu’est ou peut être la littérature, sur ses enjeux, ses spécificités ou encore ses fonctions. Ainsi, si la section CNU relative à notre discipline a récemment été renommée « littératures comparées », donnant à saisir de prime abord le fait littéraire dans sa multiplicité, la description de la section continue de spécifier, conformément à l’appellation traditionnelle de la discipline, que l’un de ses objectifs peut être « la meilleure compréhension de phénomènes littéraires généraux (littérature générale) »[1], ce qui la rapproche naturellement de la théorie de la littérature. Dans cette perspective, nous pourrons ainsi nous interroger dans un premier temps sur la place de celle-ci dans la pratique actuelle de la littérature comparée,  en nous demandant notamment quel espace elle occupe dans nos pratiques respectives, quels en sont les enjeux, comment elle s’articule, dans l’élaboration de la pensée, avec les œuvres proposées à l’étude, et quels écueils peut représenter la « séduction de la théorie » [2] évoquée par Antoine Compagnon dans Le Démon de la théorie.

On cherchera également à évaluer la place tenue par la théorie provenant d’autres champs des sciences humaines et sociales dans l’élaboration de la recherche. En effet, dans la continuité de la réflexion qui avait été proposée en 2014 lors de l’Université d’été d’Aix-en-Provence  « La théorie aujourd’hui », il est possible de se demander si, face aux bouleversements idéologiques et épistémologiques qu’ont connus les sciences humaines depuis la fin de la seconde guerre mondiale,  nous n’assistons pas aujourd’hui à  l’apparition d’« une histoire mondialisée des sciences humaines » qui pourrait préluder à « une vaste recomposition, mondiale et multipolaire, des modélisations théoriques»[3]. Or la littérature comparée, par son caractère interdisciplinaire, exige souvent du chercheur un voyage dans les univers théoriques des autres disciplines, et semble donc être particulièrement concernée par ce type de questionnement. En effet, une telle démarche, qui participe d’abord à l’enrichissement de la pensée en permettant ainsi de multiplier les approches d’un même objet, peut également s’avérer périlleuse pour le jeune chercheur, dès lors que ce dernier tente d’intégrer une théorie provenant d’une autre discipline à sa pratique comparatiste. On peut dès lors s’interroger sur le danger de la perte de la spécificité de la discipline, à la fois éclairée par un socle théorique hybride, mais courant également le risque de se perdre dans cette transdisciplinarité. On pourra également s’interroger sur la démarche inverse, qui consisterait à restreindre dans un champ particulier une théorie transdisciplinaire[4]. Cette démarche peut également être celle d’un auteur, qui adapterait lui-même une théorie née dans un contexte ou une discipline étrangère : quelle difficulté présente dès lors cette double approche de la théorie et de sa transposition ? Face à des littératures non-européennes, la question d’un possible eurocentrisme de la théorie littéraire peut d’autre part mener le jeune chercheur à une négociation entre l’héritage théorique issu de l’université française et les cadres nouveaux par lesquels de telles littératures revendiquent d’autres modes d’interprétation.

Que ce soit dans le cadre de la pratique du jeune chercheur, ou dans celle des auteurs qui composent son corpus, on pourra ainsi réfléchir aux problématiques particulières que posent la circulation et l’appropriation de la théorie.

D’un point de vue méthodologique, il nous semble également intéressant d’interroger nos propres positionnements à l’intérieur du champ de la théorie littéraire : par quelles démarches le jeune chercheur parvient-il à définir sa propre posture? Comment s’articule l’élaboration d’une pensée critique qui soit à la fois stable et cohérente, mais qui respecte cette « position juste » face à la théorie que recommande Antoine Compagnon, « dans l'hésitation, dans la perplexité, dans la disponibilité, dans l'ouverture »[5] ?

La fabrique de la théorie : la littérature comparée comme laboratoire ?

Peut-on apprendre à faire de la théorie littéraire ? C’est la proposition originale et quelque peu subversive que font S. Rabau et F. Pennanech, auteurs de l’ouvrage Exercices de théorie littéraire, paru en 2016 aux Presses de la Sorbonne Nouvelle, qui invitent le lecteur à « se donner les moyens de produire des inventions théoriques » pour « devenir théoricien à son tour », « c’est-à-dire [à] forger des concepts, inventer des systèmes, produire des lois »[6].

Le deuxième volet de ce séminaire s’intéressera à cette possibilité pour le jeune chercheur de produire à son tour de la théorie. Que cette démarche aboutisse à une torsion de la théorie existante et à sa reformulation, ou, pourquoi pas, à l’élaboration d’un nouveau concept, nous aimerions pouvoir échanger autour de la question de la création théorique dans le cadre de la recherche. Pour la présenter, en exposer les limites ou la mettre à l’épreuve, nous invitons les participants de ce séminaire à oser proposer à leur tour leur propre théorie et à exposer, dans le mouvement de l’élaboration de la pensée, les différentes étapes de ce cheminement intérieur par lequel le jeune chercheur peut (parfois) passer de la manipulation de la théorie à sa production.

Forts de ces premiers questionnements, les buts et les enjeux de cette nouvelle édition du séminaire jeunes chercheurs du groupe Transpositions restent les mêmes que ceux des années précédentes : permettre aux jeunes chercheurs de réfléchir sur leur propre pratique de la discipline tout en la confrontant à celle des autres participants, afin de leur permettre de circonscrire de manière plus claire leur propre espace de travail et d’accentuer le champ de visibilité de leurs travaux, tout en maintenant un esprit général de partage et de soutien. Le séminaire pourra accueillir des étudiants doctorants ou des jeunes chercheurs ayant soutenu leur thèse depuis moins de quatre ans, principalement dans la discipline de la littérature comparée, mais provenant également d’espaces transversaux, en particulier dans les domaines des arts et des sciences humaines.
 

Contact :

Présentation du séminaire sur le carnet de recherche de l'équipe Transpositions du CIELAM d'Aix-Marseille.

 


[2] Entretien avec Antoine Compagnon, professeur de littérature française à la Sorbonne (Paris IV) et à Columbia University (NewYork), en ligne : http://vox-poetica.org/entretiens/intCompagnon.html.

[4] On pense notamment au courant des théories postcoloniales, qui part de la littérature pour s’étendre à toutes sciences sociales.

[5] Entretien avec Antoine Compagnon, op.cit.

[6] Citations extraites de la présentation du livre sur la page internet Fabula : http://www.fabula.org/actualites/s-rabau-f-pennanech-exercices-de-theorie-litteraire_74808.php.

 
Manifestation Cielam

Theme by Danetsoft and Danang Probo Sayekti inspired by Maksimer