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N°13. Génocides, Dire, punir, se souvenir

Cette émission a été animée, mardi 28 février 2017, par Alexis Nuselovici, professeur de littérature générale et comparée, CIELAM

Avec

  • Serge Klarsfeld, historien et avocat, fondateur de l'Association des Fils et Filles de Déportés Juifs de France
  • Alain Chouraqui, directeur de recherche émérite au CNRS, président fondateur de la Fondation du Camp des Milles - Mémoire et Education
  • Catherine Mazauric, professeure de littérature contemporaine d'expression française, CIELAM - Aix-Marseille Université

Il y a un paradoxe du génocide : événement absolument singulier, visant l’extermination d’un peuple singulier, avec son histoire, sa culture, sa langue qu’il s’agit de faire disparaître précisément pour la différence dont elles témoignent, le génocide ne peut se comparer à aucun autre événement. Et en même temps il y a eu des génocides, qui définissent une catégorie générale, que le droit, l’histoire, la mémoire constituent en objets universels. La manière de le dire trahit cette hésitation entre le singulier et l’universel, et les enjeux politiques, identitaires, de cette hésitation : shoah et, ou génocide des Juifs, mais aussi combat pour la reconnaissance du génocide arménien, rwandais, c’est-à-dire de la responsabilité de l’humanité tout entière face à un événement qui ne peut être relégué à la périphérie de la scène médiatique et de l’histoire.

Comment d’autre part punir les génocidaires ? On a d’abord le sentiment d’un progrès accompli, auquel le combat de Serge Klarsfeld a largement contribué : les criminels nazis ont été poursuivis, débusqués, jugés, la justice a finalement prévalu. Au Rwanda, elle s’exerce avec retard sans doute et le sort des Justes, des rescapés, est loin d’être définitivement assuré. Mais surtout la punition n’est qu’un préalable, un préalable absolument nécessaire à une tâche plus difficile, celle de l’appropriation de la mémoire des victimes par la communauté qui a assisté à leur persécution, qui y a parfois prêté la main, qui en tout état de cause hérite, aux générations suivantes, d’une abomination.

Se souvenir est la tâche que nous impose l’humanisme d’aujourd’hui. Mais cette tâche n’est possible qu’après que les choses ont été dites et que les criminels ont été punis. La littérature apporte une contribution essentielle à cette tâche : elle porte les témoignages, elle mobilise les relais de la fiction. Alain Chouraqui témoigne du choc que produit la visite au Camp des Milles : les visiteurs, venus du monde entier, n’y reçoivent pas une leçon ; ils s’approprient, par la rencontre avec les documents, les images, les textes, une expérience. Expérience d’humanité terrible, à la fontière de l’inhumanité radicale : se souvenir du, des génocides, est de notre responsabilité d’hommes, singulière et universelle.

Génocides, Dire, punir, se souvenir, une émission AMU - La parole aux humanités sur Vimeo.

 

 

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