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Colloque international « Style et ethos », Sfax, 14-16 novembre 2012

Style et ethos

Université de Sfax, Faculté des Lettres et Sciences Humaines Unité de Recherche en Littérature, Discours et Civilisation (URLDC) Centre interdisciplinaire d'étude des littératures, Aix-Marseille (CIELAM) Colloque international 14-16 novembre 2012

Ethos est un mot grec qui signifie le caractère, l’état d’âme, la disposition psychique. Vieille notion, elle a connu un regain de jeunesse au vingtième siècle, en même temps que l'ensemble de la rhétorique, dont elle dépend. L'ethos permet ou, du moins, tente de répondre à l'état de fait fondamental suivant : les textes sont écrits par des individus (qui cherchent à en influencer, séduire, impressionner, etc.) ; néanmoins, contrairement à la situation d'interlocution, ce ne sont pas des individus auxquels nous avons affaire dans la lecture, mais des sortes d'êtres intermédiaires.

Intégrés à l’énonciation sans être explicités dans l’énoncé, les èthè ne sont pas aisés à isoler ; ils posent donc d'abord un problème d'identification et de définition. Comment étudier, cerner un objet aussi incertain?

Certaines précisions ont d'ores et déjà fait l'objet de théorisations plus ou moins poussées : on a décrit les variétés de l'ethos discursif et de l'ethos prédiscursif (ou préalable) ; les 3 instances de Maingueneau (la personne ou être civil, l’écrivain ou la fonction-auteur, l’inscripteur ou l'énonciateur textuel) sont aussi utiles pour situer la notion (Voir par exemple Dominique Maingueneau, Le Contexte de l’œuvre littéraire. Enonciation, Ecrivain, Société, Dunod, 1993). Jérôme Meizoz modifie quelque peu le cadre et invite à penser à la fois l'ethos discursif, l'image d’auteur et la posture (laquelle vise à aborder ensemble et à croiser les conduites de l’écrivain, l’ethos de l’inscripteur et les actes de la personne), etc.(Voir Jérôme Meizoz, La Fabrique des singularités. Postures littéraires II, Genève, Slatkine Erudition, 2011).

Le lecteur ne reçoit pas le texte à bout portant, il n’est pas non plus inscrit dans une sorte d’immédiateté subjective. L'ethos est précisément une manière d'élaborer conceptuellement cette transaction complexe entre l’objet-texte et le sujet-lecteur, qui n'est pas purement textuelle. L’auteur est une instance abstraite inscrite dans le texte; « il n’y a pas de chair », comme le constate Benoît Hufschmitt, « pas de sensibilité réactive consciente ou non, pas de résonance (...) si ce n’est par une reconstruction du lecteur pour laquelle aucun garde-fou n’est disponible » (Voir « L’inscription du sujet dans le texte de philosophie", semen.revues.org., n° 14, 2002). Néanmoins force est de reconnaître que ce n’est pas purement avec un texte que le lecteur traite, sans quoi il pourrait déchiffrer ce qui est écrit, mais non pas le comprendre dans le sens plein du terme, encore moins entrer en empathie avec lui. C'est cette reconstitution-imagination de la source du discours qui est en jeu dans la notion d'ethos.

Prototypiquement, l’ethos correspond à l’image que le locuteur donne de lui-même à travers son discours. Les traités mettent l'accent principalement sur l'établissement, à travers cet ethos, de la crédibilité du locuteurLes questions de la confiance qu'on peut porter à un discours, la question du vrai par conséquent, et de la sincérité (ou son imaginaire) se trouvent engagées dans cette problématique. Quelle distinction opérer entre ethos d'orateur et ethos de romancier (ou du poète ou du dramaturge ou de l’essayiste), sur quelles bases ? A l'heure où tendent à se substituer aux domaines clairement définis et opposables de la fiction et de la non-fiction des catégories floues et hybrides de ce point de vue, l'acclimatation de l'ethos à la littérature ne va pas de soi. Aussi n'est-ce pas seulement son articulation avec les deux autres éléments de la triade, pathos et logos, qu'il faut envisager, mais aussi son articulation avec les notions voisines et concurrentes, tels que style, manière, ton : l'ethos est-il une notion alternative à celles-ci (pour certains types de textes au moins) ? ou un simple ingrédient du style ? ou un élément du ton ? ou une dimension persuasive ?, etc.

C’est une « niaiserie », assurément, comme  l’affirme Paul Valéry, que de chercher l’homme dans l’œuvre ; il n'empêche que la littérature n'a pas de sens sans cet en-deçà d'où est émis le discours, quelque nom qu'on lui donne. Il est de multiples façons de contourner ou de « dépasser » l’identité narrative - chez Michel Vanni, par ex. : en direction d’un fond humoral où la passivité domine, le sujet ne s’y retrouvant que perdu en lui ; ou encore en fondant sa constitution sur une base rythmique, substituant au sujet parlant maître de ses stratégies et de ses effets, une conception du poème « comme lieu d’émergence d’un sujet qui n’existe pas en dehors de lui » (Michèle Monte), ou d’autres façons encore (l’absence de visage foucaldienne, etc.) ; ce qui est constant, c'est que l'éloquence d'un texte n'est pas un phénomène exclusivement "livresque". On peut se poser la question de comprendre comment le style, souvent reconnu comme la manifestation de l'individuel, du singulier, comme étant une « aventure morale et une expérience identitaire », (Eric Bordas), "négocie" avec l'ethos, comment il doit être situé par rapport à lui du point de vue de l'expression du "Sujet". Cette relation entre ethos et style est-elle une question pertinente?

Style et ethos, chacun à sa façon (ce dernier, à cause de son origine rhétorique, restant traditionnellement plus proche de la "personne") : qu'est-ce qu'un Sujet (de texte), qu'est-ce qu'une personne, une personnalité, un caractère, une voix, un ton...? C'est ainsi que l'ethos, en regard avec le style, en tant que notion d’esthétique générale, irréductible à une question  de langage, à un usage des tropes ou à une grammaire de la phrase et des textes, oblige le chercheur à revenir sur des questions qui ont plus souvent été évacuées que sérieusement traitées par la théorie littéraire : celle de la décriée "biographie", de l'écrivain en tant que personne et pas seulement rôle ou fonction, celle du corps (l’ethos suppose « une police tacite du corps, une manière d’habiter l’espace social »), ou celle de la "voix" : le texte se voit toujours rapporté à quelqu’un, à une personne, à une origine énonciative, et à une présence réelle-fantasmée qui assume ce qui est dit et, de même, s'adresse à un récepteur réel. Dominique Maingueneau a raison de rappeler que la problématique de l’ethos empêche de réduire la réception à un simple décodage, et que « quelque chose de l’ordre de l’expérience sensible se joue dans le processus de communication verbale. » (Voir Dominique Maingueneau, « Ethos et argumentation philosophique. Le cas du Discours de la méthode », in Frédéric Cossutta, Descartes et l’argumentation philosophique, Paris, PUF, 1996.

 

Certaines questions pourraient orienter notre lecture de l’ethos :

-         Quels rapports entretiennent  l’ethos et la question du style ?

-         Quelle stylistique pratiquer pour rendre compte de l’ethos ?

-         Ethos et énonciation

-         Ethos et stratégies discursives

-         Ethos et genres littéraires

 

Quelques repères bibliographiques :

Ruth Amossy (dir.), Images de soi dans le discours. La construction de l’ethos, Lausanne-Paris, Delachaux et Niestlé, 1999.

Eric Bordas, « Style », un mot et des discours, éditions Kimé, 2008.

Laurence Bougault et Judith Wulf (dir.), Stylistiques ? Presses Universitaires de Rennes, 2010.

François Cornilliat et Richard Lockood (dir.) Ethos et pathos, Champion, 2000.

Oswald Ducrot, « Esquisse d’une théorie polyphonique de l’énonciation », Le Dire et le Dit, Minuit, 1984.

Jean-Michel Gouvard, De la langue au style, Presses universitaire de Lyon, 2005.

Jean-Paul Goux, La fabrique du continu, Champ Vallon, 1999.

Philippe Jousset, Anthropologie du style, Presses Universitaires de Bordeaux, 2007.

Dominique Maingueneau, Le Contexte de l’œuvre littéraire. Enonciation, Ecrivain, Société, Dunod, 1993.

Jérôme Meizoz, La Fabrique des singularités. Postures littéraires II, Slatkine Erudition, Genève, 2011. 

Georges Molinié et Pierre et Pierre Cahné (dir.), Qu’est-ce que le style ? Presses Universitaires de France, 1994.

Jean-Michel Salanskis, Sens et philosophie du sens, Desclée de Brouwer,  2007.

F. Vanoosthuyse, « Le ton du texte : une aporie poétique ? », in Ph. Jousset (éd.), Le ton Stendhal, Grenoble, « Recherches & Travaux », n°74, 2009.

Frédérique Woerther, L’ethos aristotélicien. Genèse d’une notion rhétorique, Vrin, 2007.

 

Comité scientifique : Kamel Fekih, Arselène Ben Farhat, Pierre Garrigues, Philippe Jousset, Joël July, Frédéric Calas, Michel Gailliard, Mustapha Trabelsi.

Délai d’envoi des propositions  (un résumé et une notice biographique: avant le  30 mai  2012 à :

kamel_fekih@yahoo.fr

Date limite de réponse et de confirmation : 30 juin 2012     

Remise des articles : 30 février 2013

Publication : 2013

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