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Date de l'événement :

Journée d'études : Que devient le vers dans la chanson ?

CIELAM / Réseau de recherches « Les Ondes du monde », label « Programme » de CRISIS

 

Jeudi et vendredi 24 et 25 janvier 2019

 

Présentation du réseau de recherches « Les Ondes du monde » :

Le réseau pluridisciplinaire « Chanson. Les ondes du monde », qui réunit déjà de nombreux chercheurs français et étrangers, étudie la chanson dans la cité, comme phénomène de création, d’interprétation et de circulation culturelle. Premier réseau à avoir été labellisé « Programme » au sein de CRISIS, il est très actif (voir le site lesondesdumonde.fr) et a obtenu un financement AM*IDEX au titre de la « Pépinière d’excellence ».

 

Ses missions :

Fédérer les recherches isolées sur la Chanson en élargissant le nombre de disciplines collaborant autour du projet et en faisant d’AMU un lieu de référence pour l’étude de la chanson en France et dans le monde, en partenariat avec le monde artistique régional. C’est le sens de la création d’une Biennale internationale d’études de la Chanson.

Favoriser la formation doctorale de jeunes chercheurs sur la chanson.Il y a actuellement une thèse soutenue et 3 doctorant(e)s sur la Chanson dans l’ED 354 (un CAER, un CAER/LESA, un CAER/CIELAM) dont une a obtenu un contrat doctoral en juillet dernier. Un séminaire doctoral a été créé (« Des chansons dans tous les sens »).

Utiliser le potentiel de la plate-forme H2C2. Cela concerne surtout les activités de recherche et recherche-création sur la traduction de chansons.

 

Les actions menées depuis 2015 :

Contours institutionnels de notre réseau
. Dans le droit fil du Workshop de 2015, une convention à notre initiative a été signées entre 10 partenaires scientifiques : outre AMU, les universités de Paris 3, Lille, Valenciennes, Amiens, Bordeaux Montaigne, Manchester, Innsbruck, et l’International Association for the Study of Popular Music (IASPM italiana, Turin).

La Biennale internationale d’études sur la chanson

Prolongeant le succès obtenu par un colloque précurseur réalisé à AMU par le CIELAM en 2014, le principal levier de la fédération des partenaires est la création d’une Biennale internationale d’études sur la chanson : un important colloque qui est le rendez-vous des chercheurs qui veulent alimenter ce domaine d’étude. La première Biennale, pour que l’événement soit très visible, a été un colloque double, qui a eu lieu à la fois à Aix-Marseille et dans le Nord de la France : les 20-21-22 septembre 2017 dans le Sud (une journée à AMU, une journée au MuCEM, une journée au Conservatoire Darius Milhaud), et les 25-26-27 septembre au Louvre-Lens (organisé avec les universités partenaires de Lille, Valenciennes, Amiens). Le double événement a été accompagné de manifestations artistiques ouvertes au public, au théâtre Le Petit Duc à Aix, à l’auditorium du Conservatoire d’Aix-en-Provence, à l’auditorium du Louvre-Lens. La première Biennale s’intitulait « Espaces de la chanson contemporaine. Cartographie d’un genre en mutation ». Le principe de deux colloques jumeaux à chaque Biennale est maintenu. La 2e Biennale « Malentendus de la chanson » aura lieu en avril 2019, à AMU et à l’université Lyon 2.

Une série de journées d’études

Nous en sommes à cinq journées d’études déjà réalisées. La logique qui s’est dessinée est l’organisation de journées d’études organisées en alternance par le CAER, le CIELAM et le LESA (six à dix intervenants à chaque rencontre).

La collection « Chants Sons »

Nous avons créé une collection aux Presses Universitaires de Provence. Elle est appelée à se nourrir de nos travaux mais aussi à s’ouvrir aux monographies proposées par des membres extérieurs à AMU. Cinq volumes sont déjà parus, résultats de nos premiers travaux :

- Chanson. Du collectif à l’intime, sous la direction de Joël July (sept. 2016) ;

- Réécriture et chanson dans l’aire romane, sous la direction de Perle Abbrugiati (fév. 2017) ;

- Chabadabada. Des hommes et des femmes dans la chanson contemporaine, sous la direction de S. Chaudier (2018)

- Ferré… vos papiers !, sous la direction de Joël July et Pascal Pistone (2018)

- Chanson et parodie, sous la direction de Perle Abbrugiati (2018)

La collection s’ouvre à des chercheurs extérieurs. Nous avons sous expertise plusieurs ouvrages sur les points de contact entre chanson et culture hiphop, worldmusic, et jazz, des monographies, des études diachroniques et des études de cas sur l’adaptation de chanson.

 

Que devient le vers dans la chanson ?

Assez longtemps, le vers de la chanson traditionnelle est resté si proche du vers courant de la poésie que les métriciens ont eu beau jeu de les confronter : les préférences de la chanson pour le vers court, le vers impair, les assonances, les quatrains réguliers, assez facilement détectables et assez faciles à recenser permettaient une heureuse délimitation et donnaient une interprétation stylistique aux encanaillements des grands poètes. Pour autant, bien avant Trenet, ces pratiques habituelles pouvaient être transgressées mais peut-être le « fou chantant » puis Ferré puis Barbara puis Gainsbourg puis Souchon furent-ils des pourfendeurs, plus ou moins conscients, en tous les cas plus réguliers ou audacieux d'un canon chansonnier. Avec le rock puis surtout le rap, les métriciens ne s'aventurent plus du tout sur le terrain de la confrontation. Pour autant la mesure musicale existe toujours ; pour autant les rimes, malmenées ou effacées, se sont tout de même maintenues voire fortifiées pour assurer des démarcations prosodiques.

L'enjeu de cette journée d'études, que nous pourrons renouveler et prolonger éventuellement par d'autres rencontres scientifiques, sera d'interroger la modernité (ou la contemporanéité) chansonnière pour vérifier de quelle nature est désormais le vers dans la chanson : qu'est-ce qui en assure la démarcation et la perception ? de quelle isométrie relève-t-il ? les pratiques à son encontre sont-elles toujours si unifiées ? quel rôle jouent les dimensions musicales dans la conception et l'interprétation des vers ? une nouvelle mécanique a-t-elle tendance à se substituer à l'ancienne ? à quels effets prosaïques ou supra-poétiques le démantèlement du vers poétique vise-t-il ?

Participants AMU :

  • Joël JULY (MCF, CIELAM),

  • Perle ABBRUGIATI (PR, CAER),

  • Jean-Marie JACONO (MCF, LESA)

Invités extérieurs :

  • Benoît de Cornulier : linguiste phonéticien, professeur émérite à l'université de Nantes, auteur Art Poëtique. Notions et problèmes de métrique, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1995 et De la métrique à l'interprétation. Essais sur Rimbaud, Paris, Éditions Classiques Garnier, 2009.

  • Brigitte Buffard Moret : Professeur de langue française et de stylistique à l'université d'Artois, spécialiste de la versification, de la chanson poétique du XVIe siècle à nos jours, de la chanson dite « de variété » et ses emprunts à la chanson populaire et poétique, auteure d'un Précis de versification, Editions Nathan Université, collection « Lettres sup. », 2001 et de l'ouvrage La chanson poétique du XIXe siècle. Origines, statut et formes, Presses universitaires de Rennes, 2006, Prix Louis Barthou de l’Académie Française en 2007.

  • Romain Benini : Maître de conférence à Paris-Sorbonne, spécialiste de la métrique dans les chansons de 1848 à 1851, auteur de plusieurs articles et conférences qui s'ouvrent sur la métrique des chansons contemporaines : http://savoirs.ens.fr/expose.php?id=3084

  • Stéphane Chaudier : Professeur de littérature contemporaine à l'université de Lille 3, stylisticien, spécialiste de la chanson française, directeur du volume Chabadabada, Des hommes et des femmes dans la chanson française contemporaine, Aix-en-Provence, PUP, coll. « Chants Sons », 2018.

  • Giulia D'Andréa : enseignante-chercheuse en Langue et Traduction – Langue française à l’Université du Salento (Italie) ; thèse co-dirigée par Benoît de Cornulier ; musicienne de formation (piano et clavecin). Articles en français : http://www.dorif.it/ezine/ezine_articles.php?art_id=355

http://studylibfr.com/doc/6868599/code-graphique-et-code-phonique-dans-le-chant

 

La Journée d'études bénéficiera de la présence d'un chercheur italien invité par le groupe de recherche "Les ondes du monde" sur son budget "Amidex Pépinière d'excellence" qui finance aussi une partie des frais de réception des invités français.

 

Jeudi 24 janvier 2019

13h 15 : Benoît de Cornulier :

1) À quoi correspond la notion de vers en métrique littéraire française ?

   Il existe une notion traditionnelle de vers, assez précise, même très précise en poésie imprimée (« littéraire »), assez largement valable pendant plus de cinq siècles. Quelques critères du « vers » dans ce domaine, internes (traitement prosodique, voire syllabique) et externes (période rythmique, support de rime).

2) Est-elle transposable en métrique de chanson ?

   Apparence pratique de transposition : longue tradition de mise de vers en chanson. – Mais on peut mettre en chant de la prose, et mettre en chant des vers sans qu’ils conservent leurs propriétés de vers. – Examen de quelques exemples ou aspects de non-correspondance.

 

14 h 10 : Brigitte Buffard-Moret, « On connaît la chanson, mais connaît-on sa versification ? »

La chanson populaire se caractérise notamment par la présence récurrente de mètres courts (8 syllabes et moins) et par des systèmes de répétitions plus ou moins élaborés (refrains ou procédés voisins, comme le rabéraa). Ces procédés se retrouvent dans la chanson de variété contemporaine, comme nous le mettrons en lumière à partir d’un corpus issu du film de Resnais, On connaît la chanson.

pause

15h 15 : Romain Benini

A partir d'un corpus de chansons de Trenet : est-il possible de délimiter quelque chose comme des vers dans les chansons ?

Les groupes produits par l'accord texte-musique permettent-ils de dégager des suites que l'on peut considérer comme équivalentes entre elles, et qui donc seraient analogues à des vers ?

quelle est la relation que l'on peut observer entre ces vers et ce qu'on appelle des vers en analyse littéraire ?

les séquences textuelles dégagées dans l'observation de l'accord texte-musique peuvent-elles correspondre à des vers en analyse littéraire ? quels sont les critères employés pour répondre à cette question ?

 

16h 10 : Joël July, « La chanson de qualité se donne-t-elle une nouvelle règle rythmique ? »

A partir de deux exemples très récents Kid d'Eddy de Pretto (EP Kid, 2017, album Cure, 2018) et Tu danses et puis tout va de Boulevard des airs (album Bruxelles, 2015), qui s'inscrivent tous deux dans une volonté de mixage des genres chansonniers (de la variété pop au rap et réciproquement), nous chercherons en quoi l'atténuation de la limite de fin de vers (par le phrasé – intensité, prononciation et accélération – et les jeux homophoniques perturbateurs) reconfigure le texte écrit en un flow/flot qui cherche l'instabilité rythmique.

 

Vendredi 25 janvier

9h 00 : Giulia d'Andréa, « Les vers des chansons sont-ils des unités de traduction ? »

C’est sur la base d’une prétendue analogie avec la poésie proprement dite qu’on a l’habitude d’éditer les paroles de chanson selon un découpage en vers ; cependant l’expression « vers de chanson » n’est pas exempte de contradictions car elle pose déjà des difficultés de définition liées, d’une part, à la complexité sémiotique de la chanson et, d’autre part, aux médiums utilisés pour la représenter (D’Andrea 2016). En effet, la chanson, née de la superposition d’un objet linguistique et d’un objet musical, ne trouve sa pleine expression qu’à l’oral, ce qui est difficilement conciliable avec la nature du vers, qui ne peut être défini de manière univoque que par rapport au code écrit.

Ce découpage en vers qui caractérise la mise en forme graphique des paroles de chanson nous ramène au concept d’unité de traduction, défini par Vinay et Darbelnet (1958), comme « le plus petit segment de l’énoncé dont la cohésion des signes est telle qu’ils ne doivent pas être traduits séparément ». Dès lors, ce concept n’a cessé d’évoluer parallèlement aux études sur la traduction et, en dépit des critiques avancées, son utilité au niveau opératoire est indéniable.

Or, dans la traduction d’une chanson, est-il pertinent de concevoir des unités de traduction ? Et quel est le rapport unité de traduction chantée / vers ?

 

9h 55 : Perle Abbrugiati, « La rime féminine, paradoxe en chanson »

La rime féminine, définie en poésie par l'effacement du e muet, est on ne peut plus sonore en chanson. On montrera à partir de quelques exemples quel est son rôle musical et poétique. Ce sera encore plus évident en étudiant les difficultés qu'elle peut poser pour l'adaptation de chansons en langue étrangère. Le cas de l'italien sera éclairant. Les chansons contemporaines tendent parfois à escamoter ce rôle: on s'interrogera sur ce que la chanson la plus récente trouve et perd par ce traitement. En tout état de cause le traitement de la rime féminine étant différent en poésie et en chanson, on trouvera dans l'ouverture de ce chantier de recherche une bonne entrée pour envisager les rapports dialectiques qu'entretiennent chanson et poésie.

pause

11h 00 : Stéphane Chaudier

La rime, parent pauvre des études de versification, appelle de fortes limitations dans son étude : approche arithmétique fondée sur le compte des phonèmes communs, approche dite sémantique consistant en élucubrations sur les mots « placés sous l’accent de rime » et appariés par le système strophique. La rime semble par ailleurs tombée en désuétude dans la poésie contemporaine ambitieuse ou exigeante : Verlaine semble avoir été bon prophète quand il diagnostiquait la fin du prestige culturel de ce « bijou d’un sou ».

Et dans la chanson ? Partons du constat que le texte chanté et entendu n’est pas le même que le texte lu ; le premier est une chanson, le second un poème. Y a-t-il des rimes dans la chanson contemporaine ? Dans le cas du poème tiré de la chanson, quel rôle joue la rime ? Nous verrons que plus elle est saillante et plus elle est comique (Oldelaf, Juliette) ; plus elle est discrète et précaire (Alex Beaupain, Albin de la Simone) et mieux elle semble pouvoir produire ce qu’exige la chanson : la création d’une émotion qui fait penser. 

 

11h 50 : Jean-Marie Jacono, « L’impact des dimensions musicales sur les vers dans le rap »

Si le rap peut être caractérisé comme une poésie urbaine orale, ses productions reposent souvent sur des rimes très élaborées et totalement maîtrisées. Or, les vers de rap sont généralement rédigés sur un fond musical préalablement conçu par le D. J. Les accents, le rythme et les dimensions sonores jouent un rôle majeur dans l’écriture des vers, puis dans la prosodie. Assiste-t-on alors à une déstabilisation du vers dans le rap ou, plutôt, à la volonté de renforcer son sens ? Quelle est la tendance dominante, malgré la diversité des rappeurs et des rappeuses ? Après avoir rappelé les principes à l’usage dans le rap, il s’agira de montrer les procédés à l’œuvre dans le rap contemporain, le genre de chanson le plus écouté en France aujourd’hui, et de se demander quel est leur rôle dans le succès de ce courant musical.

Type d'événement :
Manifestation Cielam