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Sainte Marthe et Perceval, deux figures entre exemple et divertissement. Les œuvres littéraires écrites pour Jeanne de Flandre

Sébastien Douchet
Chapitre d'ouvrage
Jeanne de Constantinople, princesse de Flandre et de Hainaut
Directeur(s) de l'ouvrage: 
Nicolas Dessaux
Editeur: 
Somogy
2009
p. 135-143
n° ISBN: 
978-2757202982

Résumé : Bien rares sont les œuvres littéraires qui aient été dédiées à Jeanne de Flandre : nous n’en connaissons que trois. Ce fait paraît étrange pour une aristocrate qui appartenait à une grande famille de mécènes littéraires puisque Jeanne était la fille de Marie de Champagne. La cour de cette dernière comptait parmi ses hôtes prestigieux André le Chapelain et Chrétien de Troyes, auteurs phares de la fin du XIIe siècle qui écrivirent pour leur dame de célèbres traités d’amour courtois et de subtils romans. Bien entendu, on peut imputer ce faible nombre aux outrages que l’infortune a fait subir aux manuscrits médiévaux. Mais les morsures du temps n’expliquent pas tout. On peut avancer avec Olivier Collet que c’est « la condition de femme » et « les orientations culturelles » de la cour de Flandre sous le règne de Jeanne qui ont joué un rôle important dans cet état de fait. Jeanne de Flandre est une femme qui a dû succéder précocement à son père Baudouin IX et exercer le pouvoir dans un contexte politique tendu. On peut donc émettre l’hypothèse que son engagement dans le siècle, que sa quête de légitimité dans un univers viril l’auront détournée de cette activité de prestige qu’est le mécénat littéraire. Mais paradoxalement, les trois œuvres dont Jeanne fut supposément commanditaire témoignent de cet engagement nécessaire dans le monde. La première est la traduction par Wauchier de Denain d’une vie de sainte Marthe. Modèle de vie active, Marthe incarne la femme pieuse et généreuse engagée dans le siècle, figure inverse et complémentaire de sa sœur Madeleine, la contemplative. Les deux autres sont des romans arthuriens qui continuent l’œuvre magistrale et inachevée de Chrétien de Troyes, Perceval ou le Conte du Graal. On doit le premier à ce même Wauchier de Denain, et le second à Manessier. Si ces deux œuvres relèvent de projets esthétiques différents (qui témoignent peut-être d’une évolution du goût à la cour de Flandre), elles sont traversées par une même tension qui relie les plaisirs du monde à l’action chrétienne. Dans tous les cas les œuvres présentent de la dame, du chevalier ou du souverain l’image d’un être agissant dans le siècle et animé par la foi et constituent des Miroirs littéraires dédiés à Jeanne.
 

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