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N°3. Des sciences inexactes en général et de la psychanalyse en particulier

Le développement récent des techniques d’imagerie médicale, les possibilités démultipliées d’investigation du cerveau et des neurones, semblent opposer des neurosciences triomphantes à une psychanalyse obsolète. Pseudo-science ou science juive, charlatanisme ou manipulation, obscurantisme ou tautologie : depuis ses débuts, les attaques n’ont pas manqué de s’abattre sur la psychanalyse au nom d’une scientificité dont les prémisses ne sont parfois elles-mêmes pas évidentes. On s’interrogera sur ces prémisses et sur ce qu’elles engagent pour l’ensemble des sciences humaines : retour du positivisme, triomphe de la mesure, mais aussi, plus subtilement, développement d’une philosophie des sciences avec Popper et interpénétration des questionnements psychanalytiques et psycho-pathologiques, dans l’esprit même des fondateurs de la psychanalyse.

On constate depuis quelques années d’importants changements dans les rapports que notre société entretient avec les malades victimes de troubles psychiatriques : l’exigence se fait insistante d’une approche multi-référentielle des pathologies, tandis que le doute s’installe, ou revient, sur la légitimité et sur le devenir de la psychanalyse, et que se durcissent les mesures d’internement. Parallèlement, la personnalité de Freud a fait l’objet de vives attaques : on peut citer par exemple le livre de Michel Onfray, Le Crépuscule d’une idole. L’affabulation freudienne (Grasset, 2010) : à tort ou à raison, la critique de la psychanalyse est une critique politique.

Car les polémiques suscitées par l’aventure freudienne, puis lacanienne, n’engagent pas seulement les champs de la psychanalyse et de la psychologie. Le développement même et la structuration des sciences humaines ont été largement conditionnés par celui de ces disciplines et les constituent en quelque sorte en microcosme des mutations et des crises qu’elles vivent. En histoire, l’école des annales ; en littérature, la nouvelle critique ; en sociologie, l’intérêt pour la microsociologie ; en philosophie, le développement de la philosophie analytique face à l’histoire de la philosophie ; au carrefour de ces disciplines, l’essor mondial de la french theory et des études sur la post-modernité portent la marque ou transposent les effets de ce conflit épistémologique majeur.

Jamais la vieille question de la « division des sciences » n’a été plus actuelle, polarisée aujourd’hui autour de la séparation entre les orientations épistémologiques, méthodologiques et axiologiques des sciences qui seraient exactes et de celles qui le seraient moins quoique ou parce que baptisées humaines et sociales.

Une telle césure possède une généalogie en Occident qu’il importe de retracer afin d’en brosser les éclairages idéologiques. Devons-nous considérer qu’entre les sciences et les humanités la rupture est consommée, ou au contraire que s’esquisse un rapprochement ? Et à quelles conditions ce rapprochement ?

 

Des sciences inexactes en général et de la psychanalyse en particulier d’AMU - La parole aux humanités sur Vimeo.

 

 

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