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N°12. Derrida juif arabe

Cette émission a été animée, mercredi 7 décembre 2016, par Alexis Nuselovici, professeur de littérature générale et comparée, CIELAM

Avec :

  • Rachid Boutayeb, chercheur en philosophie d’origine marocaine, a fait ses études en Allemagne où il a publié deux livres
  • Raphaël Zagury Orly, chercheur en philosophie à l’Académie Bezalel à Jérusalem, chercheur invité à l’Ecole normale supérieure à Paris

Le titre de cette émission est paradoxal : on pourrait croire que le penseur de la déconstruction était hostile à toute forme de revendication identitaire. Derrida pourtant a, relativement tôt dans son œuvre, choisi d’ancrer biographiquement sa pensée. Sans récuser ni essentialiser ses appartenances, il les faisait dériver, converger, différer, comme des lignes ferroviaires en mouvement et en « destinerrance », telles autant d’expériences ou d’épreuves pour la pensée. Ainsi, il put revendiquer une ascendance algérienne, voire africaine, tout autant qu’une généalogie juive, les deux sous le sceau d’un secret plus ou moins opaque. Juif, Arabe, et surtout marrane. Identités, appartenances, héritages : mais au fait de quoi s’agit-il au jute ? Peut-être est-ce là précisément l’un des nœuds de la responsabilité à laquelle œuvre l’œuvre de Derrida : construire une, des post-identités, faire émerger comme identité à-venir le réseau originaire des appartenances. Au Derrida autobiographe de la marge se superpose le professeur de philosophie, le passeur d’un héritage multiculturel millénaire : c’est peut-être pour cette raison que le motif de l’hospitalité est aussi central dans sa pensée. Entre post-culture et post-identité, la tâche du philosophe aujourd’hui, le défi de sagesse et d’humanité qui se présente à tout homme, n’est sans doute pas prioritairement de revendiquer, défendre, marquer ce qu’il est, mais d’accueillir « le monolinguisme de l’autre » : l’altérité n’est pas plurilingue ; elle ne se traduit pas. Parce que cet accueil est difficile, qu’il sollicite en nous, au delà de la tolérance formelle, la délicatesse et la patience d’une écoute, l’attention à cette parole difficile de l’autre, il ne s’agissait pas simplement, dans cette émission, de tenir un discours sur la post-identité derridienne, mais de la mettre à l’épreuve. C’était le pari de la rencontre de nos deux invités, Rachid Boutayeb, philosophe marocain vivant en Allemagne, et Raphael Zagury-Orly, professeur de philosophie à l’Académie Bezalel de Jérusalem : deux philosophes que la géopolitique aurait dû séparer et que le compagnonnage commun avec l’œuvre de Derrida réunit dans cette émission.

Derrida juif arabe, une émission AMU - La parole aux humanités sur Vimeo.

 

 

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