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18e rencontre enseignants-chercheurs de l’académie d’Aix-Marseille : Littérature, voyages, altérités, 26 mars 2018

18e rencontre enseignants-chercheurs de l’académie d’Aix-Marseille - Salle de colloque 1 de la Maison de la Recherche

 

Littérature, voyages et altérités

A l’heure de l’enseignement de la « coculture » via les Espaces Numériques de Travail et le travail en « open space », remonter aux sources de l’« interculturalité » en considérant la littérature de voyage, des origines à nos jours, permet d'observer la cristallisation de lieux communs et de modèles de pensées qui continuent à structurer l’approche langagière, anthropologique et éthique des cultures et sociétés autres. Dans un entretien au journal Le Monde, intitulé « Coexister, c’est comprendre ce qui peut offenser l’autre », en date du 11 septembre 2014, JMG Le Clézio définit l’« échange de culture exempt de mépris, où chacun apprend de l’autre » et ce « qu’on appelle l’interculturalité, [comme] l’échange de culture à culture ». Bien avant lui, Montaigne écrit dans son chapitre des Essais intitulé « Des cannibales » (1580) : « Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage », tout en demandant à son élève de « limer sa cervelle à celle d’autrui », pour empêcher qu’il soit « contraint et amoncelé ». Descartes conseille, dans son Discours de la Méthode (1637) : « Il est bon de savoir quelque chose des mœurs de divers peuples, afin de juger des nôtres plus sainement, et que nous ne pensions pas que tout ce qui est contre nos modes soit ridicule et contre raison, ainsi qu’ont coutume de faire ceux qui n’ont rien vu ». Plus tard, Exquemelin constate : « Nous autres Français, nous sommes étonnés de voir des manières si différentes des nôtres […] mais qui pour cela ne doivent pas nous paraître ridicules ». Des auteurs plus récents renversent l’approche de l’Autre, en revendiquant, comme Segalen, la nécessité du choc des cultures, dont seul l’« Exote » cultive la saveur. Ainsi, la liste est longue, des auteurs ayant déjà pensé la relation interculturelle ou ayant questionné ses effets littéraires, et elle révèle autant les failles, impossibilités à penser l’autre, que les tentatives de s’ouvrir vraiment à lui et de le raconter. C’est dans cette distance que se tient tout l’enjeu de l’écriture, entre approcher l’Autre pour écrire le Même, à la manière d’un Chateaubriand superbe, et reconnaitre l’altérité dans sa difficile voire dans son impossible transcription, tels Michaux ou Bouvier.

Cette journée d’étude a vocation à nourrir la réflexion des enseignants du secondaire qui rencontrent ces thématiques au collège (axe « Regarder le monde en 5e, inventer des mondes ») au travers de récits d'aventures, d'explorateurs (6e), dans le cadre d’une lecture suivie ou encore en transversalité avec les langues (axe « voyages et migrations ») ou à travers les objets d’étude de l’autobiographique (par ex. « Se raconter, se représenter » en 3e).

Au lycée, en Seconde, l’axe « Genres et formes de l'argumentation : XVIIème et XVIIIème siècle » et en Première, l’objet d’étude « La question de l'Homme dans les genres de l'argumentation du XVIème à nos jours » peuvent à loisir permettre de convoquer toutes sortes de récits de voyage, fictifs ou réels, français et francophones, des origines à nos jours.

Par ailleurs, il est possible et souhaitable de croiser les objets d’étude - ce que permet la littérature de voyage. Cela peut se faire dans le cadre d’un enseignement d’exploration, en Seconde, « Littérature et société » ou en Première littéraire à travers les deux objets d’étude « Renaissance et humanisme » et « Réécritures ».

Quel que soit le niveau d’étude envisagé, le texte de voyage permet donc de réfléchir aux enjeux narratifs spécifiques, aux types de discours élaborés (narratif, descriptif, argumentatif) et à ses finalités (instruire, plaire, convaincre…). En outre, le récit de voyage pose un regard double sur le monde, l’ailleurs et l’autre - et par contrecoup une plongée plus ou moins consciente dans une culture, celle du narrateur, et celle du lecteur.

Programme

10h - Ouverture Patrick Mathieu et Sylvie Requemora (problématiques de la rencontre et présentation du CRLV)

1ere séance : « Se raconter, se représenter » (3e) / « Renaissance et humanisme » (1ere)

10h15 - Lou-Andréa Piana (doctorante, 1ère année), « L’altérité en temps de guerres civiles : l’exemple du Passe-temps de François Le Poulchre de La Motte-Messemé »

10h40 - Mathilde Mougin (contrat doctoral inter ED, 1ère année), « L'expérience de l'altérité dans le Journal de voyage de Montaigne: une entreprise d'exotisation du familier »

11h05 - Pause

2e séance : « Le voyage et l’aventure, pourquoi aller vers l’inconnu ? (6; 5; 3e ; 1ere)

11h15 - Alexandra Ivars (Master 2 Recherche), L'« Adieu à la Nouvelle-France » de Marc Lescarbot, une défense de l'entreprise coloniale : interculturalité, altérité et fécondité

11h40 - Joanna Ofleidi (doctorante, label européen, 2e année), « Le genre autobiographique en question dans le récit de voyage au XVIIe siècle »

12h05 - Discussion

12h15 déjeuner

3e séance : « Genres et formes de l'argumentation » (2nde)

14h - Mathieu Brunet (MCF), « Le Supplément au Voyage de Bougainville, de Diderot : enjeux intertextuels et interculturels »

14h25 - Geneviève Goubier (MCF), « Le voyage d’Italie de Sade »

14h50 - Pause

4e séance : « Regarder le monde, inventer des mondes »/« Littérature et société » (2nde ; 1ere)

15h00 - Patrick Mathieu (MCF, CUFR de Mayotte), « Errances, erreurs dans l’Education sentimentale »

15h25 - Sylvie Requemora-Gros (PR.), « L’Afrique dans Voyage au Bout de la Nuit de Céline »

15h50 - Discussion

16h Clôture de la Journée d’Etude

Manifestation Cielam

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