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Mobilités interzone

L’axe Mobilités Interzone, dont la responsable est Crystel Pinçonnat, assure la convergence des initiatives développées en concertation avec nos partenaires des pays du sud et organise projets, programmes et manifestations récurrentes autour des questions des exils, des migrations et des relations interculturelles de la première mondialisation à la plus récente, ainsi que de la constitution et des reconfigurations des espaces littéraires. Ce travail s’est engagé au sein de trois groupes du CIELAM : 16-18 (littérature des voyages, resp. S. Requemora), 19-21 (écritures francophones de la migration, resp. C. Mazauric) et Transpositions (études exiliques, resp. A. Nuselovici). Par « Interzone », on souligne le fait que les travaux de l’axe – au-delà de leur pivot historique méditerranéen – portent sur des littératures et des cultures pensées à partir d’espaces spécifiques, parmi lesquels au premier chef l’Asie du Sud-Est et les Afriques méditerranéenne et subsaharienne. La notion de « Mobilités » intègre quant à elle la question des mobilités humaines, objet situé à l’interface disciplinaire entre lettres,arts, sciences humaines et sociales.

Nulle scission entre les deux notions. Michel Butor a pensé dès 1964 la mobilité des espaces mis en mouvement et transformés par les acteurs qui s’y déplacent, idée rejoignant l’appréhension par F. Braudel de la Méditerranée comme « espace mouvement ». Aujourd’hui, c’est aussi à partir de la notion d’« espace mobile » que des géographes invitent à repenser, par exemple, l’espace sahélien. C’est donc dans un contexte de renouvellement des questionnements sous l’effet des déplacements, des exils et des migrations dans la société et, au sein de la communauté des chercheurs, de l’inflexion transnationale prise par la critique littéraire que l’étude de la configuration mobile des espaces littéraires s’associe à une réflexion sur l’écriture des mobilités, dans le pourtour méditerranéen comme à une échelle plus vaste. L’attention se porte sur les zones frontalières de transferts, dessinant des spatialités disséminées voire discontinues, en relation avec des espaces transrégionaux plus circonscrits comme l’espace méditerranéen, auquel s’est antérieurement consacré l’axe HILCEM (« Histoire littéraire et cultures de l’espace méditerranéen », resp. S. Baquey).

Travaux et réalisations en cours

Genèses littéraires de l'interculturalité (XVIe-XVIIIe siècles)

Dans le prolongement du séminaire de master et doctorat sur l’Ailleurs animé par S. Requemora et le groupe 16-18 depuis 2012, un projet ANR/FNS 2016 a été déposé par deux fois en 2016 et 2017 par S. Requemora-Gros en leadagencyavec F. Rosset (Université de Lausanne) et F. Tinguely (Université de Genève) : « Genèses littéraires de l’interculturalité (XVIe-XVIIIesiècles) ». Ce projet est à présent redéfini en candidature « Ulysses 2019 » (Partenariat Hubert Curien [PHC] franco-irlandais –mis en œuvre en Irlande par l’Irish Research Council et en France, par les ministères de l’Europe et des Affaires étrangères [MEAE] et de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation [MESRI]) –avec l’Université de Limerick (Irlande) dans le but d’aider à la réalisation d’un label européen de thèse de doctorat et d’un contrat post-doc.L’objectif principal du projet consiste à remonter aux sources de l’« interculturalité » telle qu’elle se définit aujourd’hui, en considérant la littérature de voyage de la Renaissance aux Lumières et en poursuivant trois objectifs principaux : 1. Enrichir la documentation par l’exploitation de sources inédites, le développement et l’amélioration d’outils numériques existants et par la publication d’une anthologie raisonnée de textes viatiques de la période concernée. 2. Offrir un environnement stimulant et intégré pour la réalisation de travaux de recherche spécialisés (thèses et travaux post-doc). 3. Mettre en valeur les résultats de cette recherche collective par la mise sur pied d’enseignements communs, de cours en ligne et autres modes de diffusion web. L’objectif scientifique consiste à mettre au jour, dans les relations (réelles et fictives) des voyageurs de la période considérée, les éléments qui peuvent être reconnus comme constituant, sinon une base, du moins un préalable à la pensée moderne, anthropologique, de l’autre et à illustrer ainsi par l’exemple l’interaction profonde qui se joue en permanence entre la perception d’une réalité exotique de la vie sociale et la fictionnalisation de cette perception sous couvert de représentation. C’est au point de rencontre le plus sensible entre ces deux dimensions que se développe l’enquête projetée, c’est-à-dire justement dans ces textes qui relatent la découverte et la rencontre réelles, ou données pour réelles, d’un monde autre et la transposition de cette expérience dans le langage et les formes convenues du genre viatique, dans des relations ou récits de voyage qui sont à la fois description du monde, témoignage, mise à l’épreuve de l’ethosinterculturel et lieu d’élaboration d’un discours d’opinion qui dévoile autant les jugements portés sur l’autre que les déterminations de toutes sortes qui président à la formulation des énoncés. Ces déterminations sont liées à la constitution psychique et morale du sujet, à sa perception subjective, au substrat idéologique auquel il se réfère plus ou moins consciemment comme aux modèles sur lesquels il s’appuie pour mettre en discours son propos.

Archives théâtrales de l'Extrême-Orient

Développé en partenariat avec les Archives Nationales d’Outre-Mer (ANOM) et l’Université Nationale du Vietnam à Hanoï, avec lesquelles existe une convention AMU-UNV-ANOM-IRD, le projet « Archives théâtrales de l’Extrême-Orient » (C. Flicker) concerne les archives théâtrales de la période coloniale et plus généralement les patrimoines littéraires à inventorier et à préserver. Il s’inscrit dans une volonté d’aider les pays du Sud (Vietnam, Laos, Cambodge) à assurer la conservation, l’étude et la valorisation de leurs patrimoines culturels. Dans une volonté d’articulation avec le territoire, une bourse doctorale en partenariat avec les ANOM sur le thème « Littérature et censure à l’époque coloniale : le cas de l'Indochine (1860-1945) » a reçu en 2016 l’agrément de la Région PACA. Ce projet fonctionne en synergie avec le programme de recherche « Archives théâtrales » de la Maison du Théâtre d’AMU, qui développe les études sur les fonds d'auteurs dramatiques, de metteurs en scène et de maisons d'édition théâtrale sur le plan national et international.

Traverses afroméditerranéennes

« Traverses afroméditerranéennes » est un projet labellisé en mai 2016 par la fédération CRISIS. Porté par le CIELAM (C. Mazauric) et le LESA (Th. Roche, Sciences des arts), il fait le lien entre Afriques subsaharienne et méditerranéenne en s’intéressant aux passages subsahariens en Algérie à travers les écritures numériques (œuvres écrites et filmiques). Il a débouché sur le projet « Écritures transmédiales francophones en Méditerranée » en association avec des partenaires des universités de Mostaganem, Oran et Blida 2 (Algérie), labellisé en 2016 et soutenu en 2017 par le réseau mixte algéro-français LaFEF(Langue française et expressions francophones). Depuis le tournant du XXIesiècle, le plurilinguisme méditerranéen s’est encore enrichi des apports de transmigrants en provenance d’autres zones. Porteurs de paysages mentaux diasporiques, vecteurs de nouvelles pratiques langagières, ils interagissent avec les sociétés traversées et ont donné naissance à des figures littéraires inédites, modifiant les paysages linguistiques et les imaginaires sociaux ainsi qu’en témoignent les représentations littéraires et cinématographiques. Or, les situations de migration entretiennent un rapport étroit avec l’écriture de soi : les ruptures existentielles, les aléas des rencontres, les chocs culturels et identitaires entraînent des troubles et des reconfigurations profondes rendant nécessaire, afin d’accéder à une formulation renouvelée de soi, le passage par l’écriture, que celle-ci soit textuelle au sens étroit, filmique, ou numérique et dématérialisée. Les écritures diasporiques et exiliques intègrent de plus en plus fréquemment une dimension intermédiale reposant sur des techniques numériques, le texte s’affichant d’emblée « écrit pour la parole » selon le mot de Léonora Miano, parce que ces technologies rendent littéralement possible une « écriture de la voix », et comme si le recours à la transmédialité reposait sur une affinité particulière avec les conditions exilique et migrante. Cette relation est étudiée sur les plans littéraire et cinématographique : dans quelle mesure l’écriture de la traversée enclenche-t-elle d’autres franchissements ou reconfigurations de seuils sous forme de dynamiques plurilingues, transtextuelles, transgénériques et transmédiales ? Comment les supports numériques modifient-ils les pratiques d’écriture et les ouvrent-ils à de nouvelles expérimentations ? Quand les migrants viennent « écarter les bords de la nation » (Homi K. Bhabha), les écritures migrantes au Sud sont-elles porteuses de dynamiques transnationales analogues à celles qu’on a pu observer ailleurs ?

Dans ce projet se sont inscrits depuis 2017 :

  • un séminaire interdisciplinaire de littératureset arts visuels organisé à la Maison de la recherche d’Aix-en-Provence ;
  • le colloque international pluridisciplinaire (littérature et création, cinéma, psychanalyse, roman graphique) L’Algérie, traversées, organisé du 13 au 20 juillet 2017 à Cerisy-la-Salle par G. Lévy (psychanalyste), C. Mazauric et A. Roche (CIELAM). Entre Méditerranée et Sahara et d’une rive à l’autre, l’association de la littérature, des arts visuels et de la psychanalyse s’attache à la formalisation littéraire et artistique d’une parole trouée que défient le trauma, l’errance et l’exil. L’édition de l’ouvrage issu du colloque est en cours.

Collectif Migration et Altérité (Projet Jeunes Chercheurs)

Le projet constitué par un collectif interdisciplinaire de jeunes chercheur.e.s auquel participent plusieurs doctorant·e·s du CIELAM, d’abord intitulé « Écriture et migrations, représentations de l’espace et de l’altérité » [https://migalt.hypotheses.org],a bénéficié en mai 2016 d’une labellisation Projet Jeunes chercheurs de la fédération CRISIS. Sa démarche interroge la migration comme phénomène social mais aussi comme expérience humaine. C’est pourquoi il veut désormais mettre en place sous l’angle de la recherche-action des moments de rencontre avec les migrants déjà accompagnés par le collectif aixois Agir. La recherche-action appliquée aux études sur la migration met en effet l’humain au cœur des réflexions et « […] recentre sur le réel les discours traitant de la migration qui, à coup de statistiques et d’analyses économiques, effacent le sujet migrant ou le neutralisent dans ses potentialités d’acteur politique » (A. Nouss).

Les rencontres prendront la forme d’ateliers créatifs et multilingues, menés par les membres du collectif en concertation avec les bénévoles, les artistes et autres intervenants sur le terrain, ouvrant ainsi des situations de recherche in vivoavec l’ensemble des acteurs concernés. Les rencontres/ateliers fourniront un cadre discursif aux séances de séminaire qui s’articuleront autour de trois axes : 1. espaces et frontières, 2. langues et altérités, 3. genres et migrations.

Le projet débouchera sur une journée d’étude prévue en juin 2019 au cours de laquelle interviendront les membres du collectif « Migration et Altérité ». Ceux-ci y présenteront leurs sujets de recherche en articulation avec les questions abordées au cours des ateliers et séminaires. La journée donnera lieu à une publication collective.

Séminaire Jeunes Chercheurs 2017-2018 « Frontières »

Le séminaire Jeunes Chercheurs « Frontières » [http://frontieresamu.hypotheses.org](resp. S. Cermakian)associe de jeunes docteur.e.s et doctorant.e.s des quatre groupes du CIELAM : il est animé par S. Cermakian (Transpositions), A. Braconnier (CUER MA), M. Mougin (16-18) et M. Unter Ecker (19-21).Se voulant un lieu d’échange et de partage des recherches et des connaissances, il a lieu à la Maison de la Recherche un mercredi par mois, de novembre à juin.

La notion de frontière ne pouvant plus être fondée sur l’opposition binaire entre présence et absence, elle doit s’accompagner d’une approche multipolaire qui pense conjointement et ses diverses natures et ses fluctuations. Les frontières se dessinent sur plusieurs territoires empiriques et symboliques, créant ainsi un tissu de relations complexes en attente de lecture et de compréhension. C’est sur cette dimension plurielle de la frontière ainsi que sur ses présupposés et conditions d’émergence que s’organise le séminaire dans une approche diachronique de la littérature. Plusieurs axes sont ainsi envisagés :

  • Frontières politiques, exil et migration
  • Voyage, frontières culturelles et identitaires
  • (Post)colonialisme et métissage
  • Unité et diversité de la langue ; traduction et plurilinguisme
  • Frontières entre réel et imaginaire, entre sciences et mythes
  • Normes et frontières : catégories sociales, transgression et marginalité
  • Frontières taxinomiques : arts, courants et genres littéraires

Journée d’étude Jeunes Chercheurs sur la Caraïbe : « Littérature(s) caribéenne(s) et comparatisme : un état des lieux de la recherche à l’œuvre » (25 et 26 mai 2018)

La journée d’étude « Littérature(s) caribéenne(s) et comparatisme » organisée par Cécile Chapon et Marine Cellier (Transpositions) a pour objet de dresser un état des lieux de la recherche en cours sur les littératures caribéennes, en particulier parmi les jeunes chercheurs. Elle constituera la première rencontre de l’association CARACOL(Observatoire des littératures caribéennes), domiciliée au CIELAM, et se déroulera les 25 et 26 mai 2018 à la Maison de la Recherche, campus Schuman d’Aix-en-Provence.

Projets et perspectives

Le CIELAM est l’un des laboratoires organisateurs des 5eRencontres des Etudes Africaines en France (REAF 2018), qui se tiendront à Marseille sur le campus St-Charles du 9 au 12 juillet 2018.

  • Série « Espaces littéraires » : Projet de publication de courts ouvrages pédagogiques dans une série intitulée « Espaces littéraires » (direction A. Nuselovici).
  • « La Mer Noire comme espace littéraire » : Colloque à Tbilissi en octobre 2018 en partenariat avec l’Université d’État Ilia, Tbilissi, Géorgie (A. Nuselovici).

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