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Journée d'étude « Discours antisémite et littérature pendant les années de guerre », 17 septembre 2018

« Discours antisémite et littérature pendant les années de guerre », 17 septembre 2018

 

Journée d'étude organisée par le laboratoire CIELAM de l'Université d'Aix-Marseille.

Comment appréhender et comment parler des persécutions, des exclusions, des déportations qui frappent brusquement le monde intelligible et le cours ordonné de la vie, alors que, simultanément, tout un programme politique et culturel (celui de Vichy, celui de l’occupant) est mis en pratique pour célébrer les dites mesures « nécessaires » pour le renouveau national ?

Pour établir le droit nouveau, suite à l’ascension de Hitler au pouvoir en 1933, les juristes qui devaient élaborer le nouveau discours juridique conforme à la doctrine nazie n’ont pas cherché à « modifier les codifications » mais à en « chambouler les concepts fondamentaux » (Jouanjean 2017 : p.19). C’est sans doute en ce sens que l’interrogation de Chamson, dès 1934, s’avère particulièrement clairvoyante lorsqu’il met en scène dans L’Année des vaincus (p. 94-104) la rencontre entre le personnage ayant fait un court voyage dans l’Allemagne de Hitler et ses voisins villageois qui l’interrogent sur ses impressions. Plongé dans le mutisme, « assommé » (selon le mot de Kraus), le premier n’arrive pas à expliquer ce qu’il vient de voir à travers de simples défilés, étendards et uniformes et qui s’avère impensable et horrible. L’échec de son explication ou plutôt l’incapacité à nommer le visible déclenche en fin de compte le rire de ses interlocuteurs, tandis que son énoncé frôle à la folie. L’incapacité d’expliquer se situe dans cet espace langagier où la norme, sans toutefois « modifier les codifications » qui la définissent, se façonne par un renversement radical de concepts et de notions.

La journée d’étude se propose d’ouvrir le débat sur l’interrelation complexe entre littérature et politique, littérature et histoire dans le contexte de la Deuxième Guerre mondiale. Elle se propose d’interroger l’action poétique comme acte performatif, apte à faire face à l’inintelligible, ainsi qu’inversement, à convaincre et à devenir une arme redoutable aux mains d’une propagande destructrice. Dans ce contexte historico-politique, une attention particulière sera portée aux textes d’écrivains français dont le rôle public était plus important par rapport à d’autres pays européens. Certains, en effet, ont perçu très tôt les dangers du discours d’exclusion et du discours antisémite et ont élevé leurs voix dès les années trente face aux événements survenant en Europe. D’autres, au contraire, ont préféré se taire ou apporter leur appui à la doctrine de la haine.

Quel fut le rôle joué par la littérature dans la formation de l’opinion publique, notamment face à la propagande journalistico-littéraire antisémite qui atteint son apogée au moment du régime vichyssois ? Comment a-t-elle procédé pour exprimer sa résistance à l’imaginaire antisémite ? Ou, au contraire, de quelle manière a-t-elle opéré pour renforcer le récit meurtrier ?

Il s’agira d’interroger la réaction littéraire à l’antisémitisme, au discours de la « normalisation » et la légalisation des procédés et des mesures d’exclusion et de persécution afin d’examiner le rôle joué par la littérature soit dans une position de légitimation (le cas de Céline, Rebatet, Drieu La Rochelle...), soit dans une position de contestation (Thomas, Duhamel, Cassou, Saint-Exupéry…).

PROGRAMME 

9h-9h15 : Accueil des participants

9h15-9h30 : Mots d’accueil

Fondation du Camp des Milles-Mémoire et Éducation

Alexis Nuselovici (Aix-Marseille Université) Atinati Mamatsashvili (Aix-Marseille Université / Université d’État Ilia)

9h30-11h30 : Session 1 – Phénoménologie de l’antisémitisme

Atinati Mamatsashvili (Aix-Marseille Université / Université d’État Ilia) : Quel espace pour l’Autre persécuté ? La littérature contre l’antisémitisme dans l’entre-deux-guerres et sous l’Occupation nazie

Béatrice Gonzalés-Vangell (Aix-Marseille Université) : Les mots de l’antisémitisme Tiphaine Samoyault (Université Paris 3 Sorbonne nouvelle) : Comment voyage la notion d’« indésirable » ?

Sergei Fokine (Université nationale d’Économie de Saint-Pétersbourg) / Olga Voltchek (Université nationale de Saint-Pétersbourg) : Quand les antisémites s’entretuent : Brasillach, Céline, Drieu face à Proust  

11h40-13h15 : Visite du Camp des Milles

 

14h15-16h10 : Session 2 – Résistances à l’antisémitisme

Arvi Sepp (Universiteit Antwerpen / Vrije Universiteit Brussel) : Réflexions sur le langage national-socialiste et l’antisémitisme : Heinrich Mann, Victor Klemperer, Karl Kraus

Madgalena Wolak (Aix-Marseille Université) : Du Story of a Secret State à Yannick Haenel – la fortune du témoignage de Jan Karski dans l’espace public polonais

Alexis Nuselovici (Aix-Marseille Université) : Pour en finir avec la lecture heideggérienne de Paul Celan

16h10-16h45 : Pause-café

 

16h45-18h15 : Session 3 – Représentations de Juifs

Maxime Decout (Université Lille 3) : Les Juifs, l’argent et le fragile salut par la tragédie. Sur Les Chiens et les Loups de Némirovsky

Bela Tsipuria (Université d’État Ilia), Exclusion and Otherness: Representation/Non-Representation of Georgian Jews in Soviet Georgia

Shinya Shigemi (Université de Nagoya) : La revue “Confluences” dans le réseau des revues littéraires dans le Sud de la France sous l’Occupation allemande

18h15-18h40 : Conclusions

Manifestation Cielam

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