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Atelier-recherche « L'Amitié, entre retrait et politique », 18-19 octobre 2018

1.   Déroulement de l’atelier

Jeudi 18 octobre 2018, Maison de la recherche, salle 2.44, 14h

Table ronde entre les porteurs du projet et les membres extérieurs invités pour étudier les possibilités de montage d’un projet financé sur le thème de l’atelier. 

La difficulté est d’articuler de façon simple et lisible le champ de recherche commun des participants (qui tourne autour de la french theory  et de ses articulations politiques) avec la manière dont l’Europe conçoit, formule et finance la recherche sur ce qu’elle définit comme les enjeux sociétaux d’aujourd’hui.

Il est convenu que le projet doit avoir une dimension forte de formation articulée au projet de recherche proprement dit.

Vendredi 19 octobre 2018, UFR ALLSH, salle du conseil, 9h

L’objectif de la journée d’étude est de faire le point sur la réflexion amorcée et d’explorer le champ de recherche qu’ouvre le projet à partir d’une série d’études de cas.

9h – Présentation du projet

9h30 – Francesca Manzari, CIELAM, « Dante et Cavalcanti : d’amour et d’amitié »

10h – Pedro Duarte, CPAF, « Quand puissants et artistes parlent d’art dans l’Antiquité gréco-romaine : une mise en scène de l’amitié ? »

10h30 – Sabine Luciani, CPAF, « Amitié et beauté morale dans le De amicitiade Cicéron »

11h – Pause

11h30 – Mathilde Thorel, LPL, « Le lexique de l’amitié et de l’inimité dans le Discours de la servitude volontaired’Étienne de La Boétie »

12h – Stéphane Lojkine, CIELAM, « Régime esthétique de l’amitié : Gessner et Diderot »

12h45 – Repas au CROUS, salle Paul Klee

14h – Isabelle Pariente Butterlin, IHP, « Un ami exemplaire : l’Oreste d’Andromaque »

14h30 – Nina Morgan, Kennesaw State University, Georgia, « Derrida’s Politics of Friendship: the Porcupine Intimacy of Race and Nation »

2.   Objectif du projet

Il s’agit, à partir d’une réflexion sur la place et le rôle de l’amitié dans la fondation politique des sociétés anciennes et contemporaines, de réfléchir à la manière dont les humanités pourraient et devraient intervenir dans le débat public sur la nécessaire refondation du politique. 

Il devient clair au terme des travaux de l’atelier que pour mener à bien ce projet il faudra distinguer trois volets d’action :

2.1. Étude de la notion et des usages de l’amitiédans des contextes géographiques, historiques et sociaux différents : sociétés grecque et romaine, féodale, moderne, contemporaine. Mais aussi : contexte artistique, pastoral, révolutionnaire, contexte de guerre civile et/ou d’effondrement institutionnel.

L’amitié constitue à chaque fois le ressort infra-politique de la communauté. Par l’amitié, on se place en retrait, ou en position d’ultime recours. Comment, depuis ce retrait, ou ce recours, s’effectue, peut s’effectuer le passage de la sphère privée à l’espace public ? Comment depuis l’amitié, le politique trouve-t-il le moyen de se  rénover, relégitimer, refonder ?

Ce passage ne se fait pas naturellement, ne se commande pas par la force, ne se persuade pas par le discours ni le raisonnement. On constate que la culture y joue un rôle déterminant, qu’on pourrait définir comme une alliance qui se fait entre la poésie (l’activité créatrice) et la philosophie (l’engagement intellectuel). C’est dans cette alliance que se joue le basculement du retrait vers le politique (ce qui fait communauté), comme c’est de la rupture de cette alliance que découle la récession du politique vers le retrait. Il est donc nécessaire d’étudier en quoi consiste cette alliance, quels sont les facteurs, les circonstances qui la favorisent, et ce qui la détruit. 

2.2. Étude  des termes de l’alliance entre poésie et philosophie, c’est-à-dire de la place des humanités dans la société. Deux exemples opposés pour comprendre cette formulation inhabituelle : dans La République, Platon chasse les poètes de la cité idéale et fait des philosophes les gardiens, c’est-à-dire les dirigeants de la cité. Dans Politiques de la nature, Bruno Latour, la crise environnementale mondiale à laquelle nous sommes confrontés serait due au gouvernement des experts (héritiers des gardiens platoniciens), auquel il propose de substituer un parlement des choses (c’est-à-dire une instance d’expression du poétique). A ces principes d’exclusion, il s’agit d’opposer une réflexion sur la manière dont poésie et philosophie se sont historiquement accommodées, peuvent, devraient aujourd’hui s’accommoder.

L’enjeu sociétal d’une telle étude est immense et pressant : 

Qu’est-ce qui est à la racine de la crise politique européenne aujourd’hui ? Au fondement des revendications identitaires, populistes, se trouve le sentiment de défiance qui a remplacé la politique d’« amitié entre les peuples » ; point d’amitié politique, nationale, internationale, sans d’abord une culture locale, intime de l’amitié, sans ensuite une articulation forte, une interaction entre les solidarités locales et les politiques globales. 

A la racine de l’angoisse suscitée par la question migratoire, du refus d’hospitalité qui est opposé aux migrants, se trouve le sentiment d’une communauté menacée, blessée, abîmée, à laquelle la sphère politique n’apporte aucune solution (par la philosophie) et la sphère culturelle aucune compensation (par la poésie). Pire : politique migratoire (de fermeture et d’exclusion) et expression culturelle de la migration (centrée sur le traumatisme) s’opposent radicalement. 

Enfin, le compte à rebours de la catastrophe environnementale et climatique fait apparaître une rupture profonde entre le diagnostic de la communauté scientifique d’une part, les politiques mises en œuvre d’autre part. Or ce qui est en jeu est beaucoup plus profond qu’une simple série de mesures à prendre. C’est, avec la crise de l’anthropocène, la reconnexion de l’homme avec la nature : renouer amitié, alliance avec la nature et avec l’animal ne peut se faire cependant sans repenser le fondement pastoral de l’institution politique moderne. Les fondements humanistes du politique, et la constitution d'un espace politique dans le projet des Lumières sont indissociables d'une théorie des climats, qui ne peut se réduire aux diktats d'une urgence.

2.3. Mise en place d’un réseau fédératif de formation doctorale interdisciplinaire sur ces deux axes de réflexion, politiques de l’amitié et de la communauté d’une part, poésie et philosophie d’autre part, à partir duquel aborder, avec les ressources et les procédures de la littérature et de la philosophie, les grands enjeux sociétaux auxquels l’Europe et le monde sont confrontés (avenir de l’Europe, migration, environnement). 

La stratégie adoptée est donc indirecte : non pas proposer des solutions concrètes immédiates mais repenser l’ensemble des fondements culturels à partir desquels ces solutions pourront être imaginées ; non pas viser la sphère politique (paralysée), mais la communauté à venir à partir de laquelle refonder le politique.

Manifestation Cielam

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