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Extension du domaine de la littérature

Claude Perez
Direction d'ouvrage
ELFe XX-XXI n°8
Directeur(s) de l'ouvrage: 
Claude Perez et Alexandre Gefen
Editeur: 
OpenEdition Journals
2019
n° ISBN: 
ISSN électronique 2262-3450

Il y eut un temps, pas si lointain, où les modernes enseignaient que chacun des arts (la peinture, la musique, les arts du langage...) tout en relevant d’un paradigme commun, le champ esthétique, avait une essence propre, qui dépendait de son medium, et que la tâche historique de chaque artiste était de s’en approcher le plus possible, de conformer autant qu’il était en son pouvoir ses œuvres à cette idéalité, de la « refléter », en l’interrogeant de manière auto-réflexive, écrivait Clément Greenberg. Bien sûr, rares étaient ceux qui osaient se risquer à définir une essence, fût-elle historique, de la littérature. Tout le monde n’est pas Hegel et chacun pouvait voir que même Sartre, qui avait posé la question juste après la guerre dans un titre célèbre, avait fait en sorte de ne pas y répondre (et peut-être de ne pas y répondre exprès : exercice de la liberté résistant aux définitions). Au même moment toutefois, celui de tous les formalismes, le mot de « littérarité », qui désigne quelque chose que les œuvres littéraires seraient les seules à posséder, ce qui leur appartiendrait en propre par différence avec le langage ordinaire, cela même qui fera éternellement défaut aux ouvrages des « écrivants », comme l’écrivait Barthes avec une pointe de dédain, ou de regret, ce mot, donc, « littérarité », ne cessait pas d’avoir cours et prestige. Or, ce qu’il désignait, c’était bien quelque chose qui touchait à une substance (énigmatique) à une identité, fuyante et pourtant assignable, de la littérature, laquelle se pensait précisément comme exception, différenciation, spécificité, expérimentation toujours renouvelée et risquée. D’un côté, l’universel reportage, de l’autre Proust, Gide, Céline, Artaud, Michon...

URL : http://journals.openedition.org/elfe/1701

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