Résumé :
On s’intéresse à quelques procédés par lesquels les œuvres de la Jamaïcaine Nalo Hopkinson, du Colombien Manuel Zapata Olivella et de l’Haïtien René Depestre (pré)figurent, recoupent ou offrent des prolongements poétiques à l’espace heuristique hybride et transnational qu’est l’Atlantique noir (« Black Atlantique ») théorisé par Paul Gilroy dans le but de comprendre et d’analyser la spécificité des productions culturelles de la diaspora afrodescendante. Polyphoniques, elles retracent l’histoire de la diaspora à travers le temps et l’espace en plaçant au premier plan les combats du peuple noir dans sa conquête d’indépendance et de droits civiques. Elles inscrivent d’autre part la diaspora dans une dimension mythique, notamment à travers la place fondamentale occupée par les dieux du Vaudou. Elles fondent de nouvelles genèses de l’exil du peuple africain dans le Nouveau Monde, tout en opérant, grâce au lien puissant formé entre les hommes et les dieux, un voyage constant dans le temps et l’espace. Les dieux et les héros font ainsi office de garants de la mémoire du peuple noir et figurent la conscience allégorique de la diaspora. Enfin, les œuvres prolongent la vision de Paul Gilroy, en incorporant de nouveaux acteurs à l’Atlantique noir, permettant ainsi de repenser les bornes spatiales et identitaires d’un espace diasporique s’opposant aux essentialismes nationaux.