- Littérature et droit
- Crimes de masse
- Témoignage
- Féminicides
- Traces
- Roberto Bolaño
- Ciudad Juárez
Résumé :
Cette communication interroge les ressources de la littérature face aux crimes de masse et aux angles morts de leur qualification. À la croisée des études littéraires, du droit et de l’anthropologie médico-légale, elle propose de penser la « formulation » comme une mise en forme ouverte de ce qui excède les catégories disponibles : nommer la violence sans en réduire la portée, restituer la singularité des victimes sans dissoudre la dimension collective du crime. En confrontant les écritures de l’univers concentrationnaire, notamment celles de Robert Antelme et de David Rousset, à Des os dans le désert de Sergio González Rodríguez et à 2666 de Roberto Bolaño, l’analyse examine une double menace : la dilution de la violence systémique dans une succession de crimes isolés et l’effacement des existences singulières dans l’abstraction statistique. Les féminicides de Ciudad Juárez permettent ainsi d’interroger la temporalité du crime de masse, lorsque la destruction prend une forme sérielle et durable. La fragmentation, la répétition et l’attention aux noms et aux traces apparaissent comme autant de moyens de rendre perceptibles les structures de l’effacement et de restituer aux victimes une singularité symbolique. En refusant la clôture narrative et l’apaisement cathartique, la littérature maintient ouverte l’exigence de reconnaissance de l’irréparable. Elle participe ainsi, dans un dialogue critique avec le droit et les pratiques de la preuve, à la résistance contre la normalisation de la violence.
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