Guillaume Postel est un des écrivains les plus attachants, mais aussi les moins connus du XVIe siècle. Alors qu’il devrait avoir sa place dans les manuels de lycée aux côtés d’Érasme et de Pic de la Mirandole, seuls quelques spécialistes savent l’importance de cet apôtre de la concorde universelle dans l’histoire de la Renaissance. Mais ces spécialistes mêmes n’ont pas toujours vu quelles audaces hors du commun contenait le livre qui est ici traduit pour la première fois.
Le propos de la Panthenôsia : ramener toutes les croyances et toutes les opinions à leur unité, que Postel place en Jésus. Dans une époque prompte à allumer la flamme du bûcher, sous la plume de quel autre penseur catholique, animé par une foi inébranlable dans l’Eucharistie, lirait-on que l’athéisme est pardonnable ? Que la Résurrection peut être niée en toute conformité avec l’enseignement de l’Église ? Que Muhammad n’a pas moins droit au titre de prophète que David ? Que Dieu s’est plus soucié des juifs que des chrétiens ? Que tous les hommes sans exception auront bientôt une chance d’être sauvés ? Qu’une petite femme en sait plus qu’une foule de Docteurs ? On ose à peine l’écrire : qu’il y a une piété de la bestialité ?
Autant de propositions stupéfiantes qu’un historien jugerait anachroniques si elles n’étaient inscrites, noir sur blanc, dans les pages d’un texte que son auteur a composé sous la dictée de l’inspiration : certains diront, de la folie. Un auteur persuadé qu’avec lui s’ouvre le quatrième âge, la dernière ère, le temps de la Restitution, et dont l’étude d’humanité nous parle peut-être d’humanismes encore à venir.
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