L’empreinte médiévale dans le théâtre moderne en France.
XXe-XXIe siècles
À la rareté des mises en scène d’un répertoire proprement médiéval répond le nombre important de pièces, de l’extrême fin du XIXᵉ siècle aux premières années du XXIᵉ siècle, qui, d’une manière centrale ou partielle, directe ou allusive, entretiennent un rapport avec le Moyen Âge. Cet ensemble constitue l’objet de ce livre.
Car le dénominateur commun « Moyen Âge » possède, au sein de la modernité, une plasticité apte à s’adapter aux intentions artistiques et idéologiques aussi opposées que celles d’un Claudel, d’un Audiberti ou d’un Jan Fabre, d’un Tom Lanoye ou d’un Anouilh, d’un Cocteau ou d’un Dario Fo. Mettre en scène le Moyen Âge accorde en effet une grande liberté, ouvre le spectre des possibles, permet les options dramaturgiques et scéniques les plus variées. Étant déjà une représentation, le Moyen Âge semble une matière presque totalement libre, de l’effet de vérité historique à l’anachronisme assumé, de la beauté à la laideur, du hiératique au grotesque, du mystique à la farce. Il demeure en lui-même un temps moins connu dans sa réalité concrète que fantasmé.
Il s’est donc agi de saisir non seulement les choix scéniques et artistiques que prend ce que l’on appellera la figuration médiévale, mais encore les modalités de ce choix (personnages médiévaux, figures et événements historiques) chez tel ou tel dramaturge, le contexte dans lequel le spectacle s’élabore et se produit (projet personnel ou commande, festival d’arts du spectacle, commémoration religieuse ou laïque…).
Enfin, adopter le point de vue « médiéval » ne permet-il pas aussi de parcourir en pointillé l’histoire, moderne et contemporaine, des formes, du sens, de l’esthétique théâtrales ? C’est le pari de cet essai à deux mains.