Auteurs & Autrices :
  • Quaranta Jean-Marc
Mots-clés :
  • Autotextualité
  • Proust Marcel 1871-1922 -- Critique et interprétation

Résumé :

La réécriture, sous la forme de la traduction et du pastiche, occupe une place importante dans la genèse de l'écriture du Proust comme dans l'économie du Temps retrouvé. On sait que les pastiches de l'affaire Lemoine parus dans le Figaro, et d'autres demeurés inédits du vivant de Proust, ont accompagné l'écrivain dans l'élaboration de son style 1 . On sait aussi que la traduction de deux livres de Ruskin a été un jalon dans le lent murissement du projet d'écriture qui commence avec Les Plaisirs et les jours, et s'achève avec un roman dont l'écriture est interrompue par la mort, et dont Le Temps retrouvé est la pointe extrême 2 . Jean Milly, puis Annick Bouillaguet 3 , ont livré des analyses approfondies des pastiches et particulièrement de celui des Goncourt qui joue un rôle charnière dans la venue à l'écriture non plus de Proust, mais du personnage de son roman. Il n'en sera pas directement question dans les pages qui suivent qui s'attachent à mettre au jour les traits d'« autotextualité » présents dans le dernier volume. Il s'agit en effet de rendre compte des effets de composition du roman, sur lesquels Proust insiste à plusieurs reprises, en recourant aux catégories de l'intertextualité, telles que Genette les a dégagées 4 . En d'autres termes, là où on voit simplement un « écho » des volumes précédents dans Le Temps retrouvé, il est possible de considérer qu'il y a à l'oeuvre une véritable stratégie autotextuelle qui assure la coprésence du texte déjà lu dans le texte en cours de lecture ; on verra qu'on peut analyser cette autotextualité avec les catégories de l'intertextualité et qu'il y a là matière à dégager la place de la réécriture dans la démarche de Proust. On verra d'abord que la réécriture du monde est une manière de manifester la vision de l'artistequi est une des clés de l'esthétique de Proust ; il sera ensuite question des formes que prend la réécriture dans Le Temps perdu et enfin du temps comme agent, avec la guerre, des réécritures de l'univers romanesque et des personnages en particulier.

« Une question non de technique mais de vision » : réécriture et idiosyncrasie de l'artiste La réécriture : un usage du monde Le pastiche des Goncourt illustre par un phénomène de miroir et de mise en abyme l'idée selon laquelle « par l'art seul nous pouvons voir le monde avec les yeux d'un autre 5 » que Proust exprime dans La Prisonnière à l'occasion de l'audition du septuor de Vinteuil. En faisant décrire par le (pseudo) Goncourt son propre univers romanesque, Proust souligne sa singularité, et celle de sa 1 Proust présente le pastiche comme une « critique [littéraire]

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