- Epigraphy letter-carving
- Neolithic Art
- Geologic imaginary
- Stone carving
- Inscription
- Rural spaces
- Art in landscape
- Site-specific poetry
- Poésie in situ
- Art néolithique
- Imaginaire géologique
- Taille de la pierre
- Lettrage
- Épigraphie
- Inscription
- Espaces ruraux
- Art dans le paysage
Résumé :
Cette communication constitue une étude des pratiques de l'inscription et de l'épigraphie qui trouvent un dynamisme, peut-être inattendu, dans la poésie contemporaine. À partir des années 1990, se développe dans les pays occidentaux une tendance consistant à placer des poèmes, sous des formes sans cesse réinventées, dans l’espace de la vie quotidienne. Le Royaume-Uni constitue un terrain particulièrement fertile en « poèmes in situ », poèmes souvent créés par des poètes investis de fonctions officielles (poet laureates, city poets, etc.). Le plus souvent ces poèmes sont gravés sur les pavés, en centre-ville. Tandis que d’autres pays privilégient les fresques et les textes peints, le Royaume-Uni apparaît alors comme le lieu où la poésie publique passe par la minéralité et par la lettre gravée. Durant les années 2010, différents chemins de poèmes ont été élaborés à travers les paysages anglais, chemins parfois relativement brefs, parfois mesurant plus de quatre-vingts kilomètres. Ils permettent d’inscrire la poésie dans l’espace rural et dans des paysages à ciel ouvert (landes, collines, moors). Nous nous intéressons à l’un de ces chemins, créé en 2004 par la poétesse Meg Peacocke et par la tailleuse de pierre Pip Hall, en Cumbrie. Douze pierres, soigneusement choisies pour leur individualité et leur histoire, sont gravées de douze poèmes composés spécialement pour ce chemin. Elles portent aussi douze petits bas-reliefs évoquant la vie rurale et les travaux de la ferme. Avec ces œuvres, les deux créatrices tentent de nous faire lire en trois dimensions. Elles explorent toutes les particularités des pierres, au point de parfois leur donner directement la parole. La démarche consiste ici moins à considérer les pierres comme les supports pour les poèmes qu’à faire des poèmes un moyen de diriger le regard vers les pierres et vers leur paysage. Enfin, la pierre est ici pensée dans son rapport constant avec le reste des éléments, et en particulier l’eau. On retrouve ici des échos très amuïs de la démarche de David Nash et de celle de Giuseppe Penone. Dans cette communication, mous présentons le fonctionnement de ce chemin conçu dans l’amour pour les pierres, puis nous plaçons cette réalisation dans un paysage culturel plus vaste. Pour ce faire, nous nous intéressons certes à d’autres réalisations de Pip Hall, qui a ultérieurement participé à la création d’autres chemins de poèmes, mais aussi au travail de poètes et artistes variés, tels Simon Armitage, Gordon Young et Alyson Hallett, et nous prenons en considération des projets exaltant les particularités du paysage britannique et écossais par des œuvres associant pierres et inscriptions poétiques (la façade du Parlement écossais inauguré en 2004, le projet des « Companion Stone for the Derbyshire Guide Stoops » en 2010, etc. ) Certains de ces artistes sont proches du land art et de la poésie concrète (tels Andy Goldworthy et Ian Hamilton Finlay). D’autres pratiquent une forme de word art (Gordon Young). D’autres encore se définissent dans un rapport ardent à l’artisanat, favorisé par la tradition des Arts and crafts. Mais surtout, en gravant des mots dans la pierre, ces artistes tentent de se relier à l’art néolithique.