Résumé :
Monuments conçus pour durer l’éternité et marquer l’union des fidèles à travers le sacré, les édifices religieux ne portent plus le même message pendant la Révolution française : considérés comme les vestiges d’un Ancien régime honni, ils restent les lieux où s’est exercé un culte qui a maintenu le peuple dans la soumission au roi et lui imposé la dévotion la plus aveugle sous les menaces de l’Enfer. Fallait-il les détruire ou les sauvegarder ? La question est en débat jusque sous le Directoire et le Consulat. L’article rend compte de la vision politique, que défend Barbault Royer, libre de couleur, indo-descendant, auquel nous avons consacré un essai, Le Métis révolutionnaire, homme de lettres et voyageur engagé (Paris, Garnier, 2021, 341 p.). Ce jacobin, disciple d’Helvétius, est originaire de l’Isle de France, une colonie esclavagiste, où l’on pratiquait les conversions forcées sous la férule de son Intendant général, Pierre Poivre. Ses discours à la tribune de la Société populaire de Rochefort, les articles de journaux et les compte rendus qu’il signe de 1791 jusqu’à la fin du Consulat plaident pour une vigoureuse déchristianisation de la Nation. Or, en 1800, il fait éditer une relation de voyage, intitulée Voyage dans les départemens du Nord, de la Lys, de l'Escaut, etc., pendant les années VII et VIII, par le citoyen Barbault-Royer, ex Haut-Juré de Saint-Domingue, dans laquelle il s’oppose à ce que l’on détruise les vestiges du catholicisme sans se préoccuper de leur valeur artistique ou mémorielle ; il plaide pour leur conservation, à l’image des antiques exposés au Muséum, à propos desquels il écrivait dans le n°239 du 29 Floréal an VI de la République-9 mai 1798 du Journal de Paris : « Les monuments métalliques nous retracent de majestueux souvenirs ; ils parlent plus vivement à l’âme que les tablettes de l’histoire, surtout dans un gouvernement modelé sur des formes anciennes ».
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