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Auteurs & Autrices :
  • Luciani Isabelle

Résumé :

Projet inter-MSH RECIF

De la Provence moderne (Tricard, 2002) au Maroc contemporain (Haddad, 1999), de nombreux chercheurs en sciences humaines et sociales ont déploré le peu d'écrits que les femmes ont laissés sur elles-mêmes. Un accès plus tardif à l'écriture et à l'éducation, une relégation dans la sphère domestique où le temps manque pour revenir vers soi, des normes morales qui n'encouragent guère les femmes à parler d'elles-mêmes : de nombreux éléments semblent concourir longtemps à maintenir les femmes dans le silence, ou du moins à ne pas « publier » leurs voix. Partout, cependant, des femmes s'emparent, dès qu'elles le peuvent, des instruments du récit de soi, investissant les genres dits « pré-esthétiques » (Bovenschen, 1977) tels que les journaux ou la correspondance, ou les genres littéraires du « je », comme la poésie (Varikas, 1991). En 2010, les actes du colloque Écriture féminine : réception, discours et représentation (Oran, CRASC, ENS Lyon) introduisent leurs travaux sur le constat d'un nombre croissant d'écrivaines sur la scène littéraire, évoquant les enjeux de visibilité et de transgression que constitue « l'envahissement » de ces textes. Le fait même d'écrire semble ainsi déranger l'ordre établi (Détrez, 2012).

Ce sont alors les conditions de possibilité, de production et d'action des récits féminins de soi que ce programme souhaite analyser, au croisement du processus d'individuation entendu comme la présence subjective de l'individu à lui-même (Descombes, 2003) et des processus d'identification à un ou des collectifs qui fondent socialement l'économie des régimes d'appartenance (Kaufmann, 2010). Quelles formes de conscience de soi la possibilité du récit permet-elle de construire et de transmettre dans la dimension socialisée de ces énonciations ? Quelles sont les assignations qui contraignent les femmes à se glisser dans des modes de représentations hétéronomes, et jusqu'où sont-elles vraiment « victimes » de ces assignations ? Jusqu'où, inversement, pouvoir parler de soi participe-t-il d'un dispositif d'émancipation, d'une forme d'appropriation de soi et de potentialité critique du monde ? Comment, dans une Méditerranée aux héritages culturels, politiques et religieux enchevêtrés,

Type de document : Preprints, Working Papers, ...