Résumé :
Dans Antígona González (2012), Sara Uribe transpose le mythe sophocléen dans le contexte contemporain des disparitions forcées au nord du Mexique, en faisant de l’écriture un acte de résistance politique et mémorielle. Ce poème-documentaire, fondé sur une esthétique du fragment et de la polyphonie, mêle témoignages, extraits juridiques, récits fictifs et voix anonymes. En cela, il s’inscrit dans ce que Cristina Rivera Garza nomme une nécroécriture : une pratique littéraire surgie au contact de la disparition, qui tente de restaurer les liens entre langage, deuil et justice.À travers cette œuvre, l’autrice compose une archive de la douleur et une poétique du deuil empêché, dans un contexte où les familles n’ont ni corps, ni sépulture, ni reconnaissance. Le texte fait entendre un chœur d’Antigones modernes – rastreadoras, mères, sœurs – qui refusent l’effacement symbolique de leurs proches. Il devient ainsi contre-récit à la logique nécropolitique de l’État, et forme de réparation symbolique.Cet article analysera Antígona González comme dispositif mémoriel à la croisée de l’archive, du témoignage et de la poésie, en mettant en lumière la manière dont le langage, même fragmentaire, devient une forme de survie et d’action politique.
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