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Auteurs / Autrices :
Stéphane Lojkine
Directeur(s) / Directrice(s) de l'ouvrage :
I. Ost, P. Piret, L. Van Eynde
Nbre ou N° pages :
p. 131-160
Editeur :
Facultés universitaires Saint-Louis
Année :
2010
Revue, Collection, Ouvrage collectif :
Représenter à l’époque contemporaine. Pratiques littéraires, artistiques et philosophiques
Type de production :
Article dans les actes d'un colloque
n° ISBN :
978-2802801979
Couverture Représenter à l'époque contemporaine

La notion de représentation demeure plus que jamais sujette à caution : imprécise, elle manque de tranchant conceptuel ; idéologiquement marquée, elle charrie une anthropologie implicite que l'ère du soupçon n'a pas manqué de dénoncer. Dans le même temps, elle est constamment utilisée, dans des acceptions d'ailleurs très diverses, et cela y compris dans des domaines spécialisés comme les études littéraires, artistiques et philosophiques. Les recherches dans ces domaines sont ainsi grevées par un même impensé ou, à tout le moins, par un même flou conceptuel, auquel voudrait pallier le présent ouvrage, en proposant un repérage de ce que signifie encore - pour autant que ce soit le cas - l'acte de représenter à l'époque contemporaine. Une telle notion demeure-t-elle opératoire ?
Qu'elle soit perçue à la fois comme obsolète et nécessaire n'a, à vrai dire, rien de contradictoire, mais tient simplement au double statut de la représentation. Elle désigne d'abord une fonction et a partie liée, à ce titre, avec une épistémè définie, comme Foucault l'a bien montré dans Les Mots et les Choses. A l'âge classique, représentation et connaissance deviennent indissociables : principe d'intelligibilité fondamental, c'est la représentation qui construit les savoirs, ordonne le monde, régule la relation du sujet et de l'objet. C'est alors qu'elle devient structurante tant dans les domaines de l'art et de la littérature que dans celui de la philosophie, qui se voient pour cette raison confrontés aujourd'hui à des difficultés similaires - d'où l'intérêt d'une approche transversale. Remarquablement fécond, ce paradigme est aujourd'hui daté, c'est bien connu. Il reste qu'il reposait sur une donnée de structure, transparadigmatique, pour ainsi dire, donnée dont on ne peut faire simplement l'économie. Et nous touchons là à l'autre statut de la représentation : elle se présente comme une fonction cognitive, mais aussi, plus fondamentalement, comme une structure, une loi qui détermine le sujet humain - être de représentation, «parlêtre», comme disait Lacan -, à un point tel qu'elle constitue pour d'aucuns le principe permettant de penser la différence anthropologique.  (Pierre Piret)