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Auteurs / Autrices :
Stéphane Lojkine
Directeur(s) / Directrice(s) de l'ouvrage :
Raphaël Baroni et Adrien Paschoud
Editeur :
Open Edition Journals
Année :
2021
Revue, Collection, Ouvrage collectif :
Cahiers de narratologie, n°39
Type de production :
Article dans une revue
n° ISBN :
ISSN 1765-307X
Paul Ricœur

Dans une lettre à Falconet, Diderot compare la voix de la postérité à un concert de flûte entendu au lointain. Cette métaphore vient des Confessions d’Augustin, d’un texte qui sert de base à Ricœur pour mener l’enquête de Temps et récit. Ricœur insiste sur le paradoxe de la voix qui résonne : son présent est ontologiquement sans étendue alors même que la résonance est une expérience de la durée. Diderot, à partir du concert lointain, formule différemment le paradoxe : c’est comme continuité sensible que nous appréhendons le temps comme temps ; mais c’est comme perception discontinue que nous en faisons l’expérience. 

Ricœur apparie ensuite l’aporie augustinienne du temps à la « mise en intrigue », au muthos de la Poétique d’Aristote : c’est le muthos qui assure la représentation du temps et en répare l’aporie. Chez Diderot, l’imagination supplée les lacunes du concert lointain et transforme en harmonie et composition les bribes hétérogènes entendues.

Or le problème de la construction proposée par Ricœur est la radicale hétérogénéité des raisonnements qu’il apparie (Augustin/Aristote), selon un modèle kantien (raison pure/raison pratique) qui organise la division radicale de l’événement en phénomène (expérience) et noumène (choix). Le Zeitobjekt husserlien est la forme minimale de ce qu’il reste alors de l’événement et de son instant prégnant théorisé par Lessing et par Diderot.

Face à Ricœur, se dessine alors, avec le Diderot du Rêve de D’Alembert, une théorisation matérialiste de l’événement, qui est en même temps une modélisation de la pensée en train de se produire, et une pensée du temps comme vicissitude.

Ricœur ne s’est pas confronté à Diderot, mais à Derrida, précisément sur cette question de l’événement, que le cadre théorique de Temps et récit ne permet pas de penser sinon en l’évidant.

https://doi.org/10.4000/narratologie.11950