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Auteurs / Autrices :
Directeur(s) / Directrice(s) de l'ouvrage :
Laetitia Petit, Vincent Tiffon, Charles de Paiva Santana
Nbre ou N° pages :
171-180
Editeur :
Presses universitaires de Provence
Année :
2026
Revue, Collection, Ouvrage collectif :
Arts et dé-coïncidence. Réel, raté, inouï
Type de production :
Chapitre d'ouvrage
n° ISBN (ou ISSN) :
9791032006122
Arts et dé-coïncidence. Réel, raté, inouï

François Jullien propose la dé-coïncidence comme « descellement laissant paraître – défaisant de l’intérieur tout ordre qui, s’installant, se fige – des ressources qu’on n’imaginait pas », en la reliant à la figure du spectre, au « out of joint » hamletien que Derrida lit comme sortie des gonds du temps et de l’ordre établi. Ce descellement s’accorde avec la pratique derridienne de la lecture poétique : « desceller » est pour Derrida le geste propre à la lecture d’un poème, comme dans le « one line poem » intitulé « Prière à desceller d’une ligne de vie », où la ligne de vie introduit l’événement, arrache le poème à son existence livresque et le destine à l’accident. À partir de Mallarmé et de la préface à Un coup de dés – « le tout sans nouveauté qu’un espacement de la lecture » –, Derrida pense la spatialisation de l’écriture comme un déplacement des marges de la philosophie. Les blancs, les lacunes et la disposition graphique deviennent centraux, l’écriture antilogocentrique devant être lacunaire et laisser au lecteur son espace. Jullien souligne que Mallarmé fait advenir une révolution morphocentrique : la logique d’adéquation au sens s’est défaite jusqu’à faire du poème, dans son principe, un Jeu. La poésie moderne pratique ainsi la dé-coïncidence, elle en est la mise en œuvre plutôt que la simple célébration. La lecture de cette poésie devient « travaux pratiques » de dé-coïncidence, dotés d’une vertu éthique autant que poétique, en désadhérant les constructions normalisées de l’esprit qui barrent l’essor de la vie et de la conscience, comme l’annonce déjà Rimbaud dans la « Lettre du Voyant » et le « long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens ». Par contraste, Heidegger définit le poiein grec comme mise en présence de l’étant dans la lumière de l’aletheia et voit dans le poétiser une « mise-en-œuvre-de-la-vérité ». Derrida y décèle une persistance métaphysique et propose la différance comme geste plus nietzschéen que heideggérien, ouvrant à une différence qui ne se laisse plus déterminer comme simple opposition entre être et étant.